International   RESISTANCES ET SOLIDARITES INTERNATIONALES

Interview de Los Dolares, groupe anarchopunk du venezuela


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Entretien avec juan-mi de Los Dolares, mai 2005

Los Dolares est un groupe d’anarchopunk du venezuela. Je les ai rencontrés parce qu’on (le collectif “La france pue”) les a fait jouer à (st-)étienne, dans le cadre d’une de leurs tournées. On a beaucoup entendu parler dans les médias l’été dernier du venezuela autour du président Chavez, du referendum à propos de sa politique, on le traitait par-ci de dictateur, par-là de héros démocrate contre le néo-libéralisme... Mais qu’en était-il de la réalité vécue par les gens là-bas ?


Cette interview est destinée à des publications papier* mais il me semble intéressant de la publier ici aussi pour qu’elle soit lue par d’autres publics, et aussi pour apporter un complément nécessaire aux rares informations disponibles sur le vénézuéla...

L’envie de faire cette interview avec un anarchopunk du venezuela est née pour moi entre autres de ma frustration face aux informations qu’on pouvait trouver dans la plupart des médias "libres et critiques", qui ensensaient le président Chavez et ses actions "révolutionnaires" avec une naïveté (?) étrange... Le site "Acrimed" référencé dans les pages du Numéro Zéro en est un exemple parfait : j’ai été inquiète de voir un média qui s’appelle "Action Critique Média" diffuser des infos aussi partiales “pro-chavistes” sans même se l’avouer...

J’aurais presque voulu croire à tout ce qui y était raconté si je n’avais pas déjà eu les échos de gens qui vivaient la réalité venezuelienne bien différemment... J’avais donc envie d’apporter cet autre point de vue. L’interview est assez courte, n’hésitez pas à aller vous renseigner ailleurs, mais restez critiques !

raoule : Bonjour. Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ?

juan-mi : Nous sommes un groupe anarchopunk qui s’appelle Los Dolares, de Caracas, au venezuela.

raoule : Comment décririez-vous votre musique ? Quels disques ou cassettes avez-vous fait jusqu’à présent ?

juan-mi : C’est du punk anarchiste, je ne dirais pas crust, ni punkrock, parce que nous avons beaucoup de chansons diférentes, mais les paroles sont à propos du communisme libertaire ou de l’anarchisme. Jusqu’à présent nous avons sorti une K7 split (partagée) avec 11011 (qui sont aussi du venezuela) enrengistrée en live pendant les Troisièmes rencontres anarcopunk à Caracas, puis notre première K7 s’appelle "la comodidad de ser esclavos nos condena a vivir en la eterna pasividad" ("le confort d’être esclave nous force à vivre dans la passivité") qui est du punk rock lent... puis nous avons fait une compilation CD appelée "nuestros sueños, sus pesadillas" en soutien pour la librairie anarchiste de caracas. Puis nous avons sorti deux 7" (45 tours), un split avec Doña Maldad (de Maracaibo), dont le titre veut à peu près dire "il n’y a pas de chemin vers l’autogestion, le chemin est l’autogestion" et puis un avec Sin apoyo (du chili) appelé "Contre cette guerre et contre cette paix". Notre dernier disque s’appelle "Las venas abiertas de américa latina" et est basé sur un livre écrit par Eduardo Galeano, qui raconte comment l’empire a construit ses structures d’oppression en volant les ressources naturelles des pays du tiers-monde, et est présenté avec une petite version du livre, que nous avons faite. Nous avons un nouveau 45tours en projet, appelé "Que se vayan todos" ("qu’ils s’en aillent tous") qui raconte la situtation actuelle au venezuela et un split avec Dislexia (du Pérou).

r : Peux-tu nous parler de la scène punk au venezuela ? Est-ce que les différentes scènes punk sont séparées ou y a-t-il une scène unie ? [1] Dans quels genres de lieux se passent les concerts ? Est-ce qu’il y a de forts liens avec les scènes punk des autres pays ? Est-ce qu’il y a des liens entre la scène punk et les actions et réseaux "politisés" ?

jm : La scène punk de Caracas est très petite. Ce qui est bien c’est que depuis le début, elle est devenue fortement impliquée dans le mouvement anarchiste, alors les collectifs anarchistes sont très diversifiés, il y a beaucoup de soutien entre des gens qui ont des points de vue très différents. Dans notre collectif, le CRA (Comité des relations anarchistes) il y a des vieux anarcho-syndicalistes qui sont venus à caracas après la guerre civile en espagne, qui travaillent avec des anarchopunks et des étudiant-e-s de l’université, il y a beaucoup de respect et de soutien mutuel, même si c’est un petit groupe de gens.

r : Vous avez un site internet, à quoi sert-il ?

jm : D’abord il y avait de tout : des écrits à la poésie, en passant par les infos anarchistes à propos du venezuela et de l’amérique latine, mais c’était trop difficile de le maintenir à jour, alors maintenant il n’y a plus que des infos à propos du groupe et des textes que nous avons écrits collectivement.

r : En europe de l’ouest nous nous rendons compte que la scène punk active est principalement composée par des blancs et blanches de classe moyenne, alors que c’est sensé être un mouvement pour l’égalité, un mouvement ouvert... Est-ce que tu crois que la scène est plus "mixée socialement" au venezuela et en amérique "latine" ?

jm : Oui il y a aussi des gens de classe moyenne mais il y a aussi des gens pauvres qui considèrent l’anarchisme comme une nécessité, c’est très important et c’est aussi étrange, pour nous, de voir qu’ici vous avez tant de moyens pour faire plein de choses mais certaines personnes ne s’en rendent pas compte, et peut-être que si elles allaient en amérique du sud elles réaliseraient qu’on ne peut pas squatter, on doit travailler pour gagner de l’argent de merde et le peu de temps qu’il reste pour faire des choses est très important, on voit les problèmes en face de soi, alors on ressent le besoin de faire quelque chose pour que ça change. Je crois que depuis l’évolution de l’Etat Providence dans les pays du Premier Monde, les gens perdent cette conscience et les anarchistes ne s’intéressent pas à bosser avec la communauté, alors c’est un mouvement d’anarchistes pour les anarchistes, et c’est vraiment naze.

r : Vous vivez en ce moment à barcelone. Est-ce que vous y êtes impliqués dans des activités politiques et / ou punk ?

jm : Nous avons ouvert une bibliothèque sociale appelée "marichi weu", où nous organisons des évènements d’informations sur les luttes en amérique du sud, principalement orientées contre la globalisation et sur les résistances des peuples natifs. Ce squat a été expulsé il y a quelques semaines, alors nous cherchons un nouvel endroit. Nous faisons aussi une distro et un label [2] de groupes anarchistes sud-américains.

r : Alors parlons maintenant de la situation au venezuela...
Peux-tu expliquer ce qu’est la "révolution bolivarienne", que sont les cercles bolivariens ? Qu’est-ce que la démocratie participative ? Est-ce qu’elle est réellement en place en ce moment au venezuela, ou est-ce que ce sont des illusions ? Est-ce que tu penses que cela aide vraiment les gens, est-ce que tu soutiens ça ?

jm : C’est dur à expliquer. Le réel problème de cette "révolution" est qu’elle n’a opéré aucun changement profond dans la structure économique (le venezuela continue à payer la dette extérieure dans les temps, continue à appliquer les recettes du Fond Monétaire International et continue à vendre le pétrole aux compagnies nord américaines et européennes) mais il y a eu des investissements sociaux faits par le gouvernement, que les gouvernements précédants n’avaient pas faits. Alors les projets pour l’éducation et la médecine en direction des populations pauvres sont utilisés de manière populiste pour gagner un support électoral de la part des classes les plus basses, tandis que des projets comme "Plataforma Deltana" (vendre les ressources de gaz naturel du Nord Est du venezuela à Chevron et Texaco pour 32 ans) et la ligne électrique Brésil-Venezuela (qui passe par le Gran Sabana, où il y a de nombreuses communautés natives dont la culture et l’autonomie sont détruites, comme les Pemones) sont approuvés parce que les populations pauvres pensent que c’est le président le "moins atroce", mais nous ne voulons pas du moins atroce des gouvernements, nous voulons notre organisation autonome, sans Etat.

r : Dans les médias en france (les gros médias ou les médias plutôt "gauchistes indépendants" [3]), on peut voir Chavez soit comme un "dictateur doux" soit comme un "sympathique leader démocratique"... Qui est-il ? Que fait-il ? Est-ce que le peuple le soutien réellement fortement, même aujourd’hui neuf mois après le referendum ? [4]

Il n’est probablement ni l’un ni l’autre. Il n’est pas un dictateur parce que l’état n’a pas pris possession de l’industrie privée et il n’y pas eu d’entrave aux multinationales ni aux porjets néo-libéraux. Il fait plutôt ce que Peron a fait en argentine pour gagner le soutien du peuple. La même chose que Lucio Gutierrez a fait en Equateur et que plein de militaires ont fait dans l’histoire de l’amérique latine. La seule bonne chose est que les gens se rendent compte qu’il n’apporte pas de grands changements, alors il perd le soutien d’une grande part de la population, cela est prouvé parce que seulement 55% de personnes ont voté au referendum, seulement la moitié, alors il y a beaucoup de gens qui ont arrêté de croire en lui.

r : Par ici, des médias indépendants de gauche (même des médias libertaires) disent qu’il y a au venezuela un réel mouvement de la base, contre le néo-libéralisme et pour la démocratie participative. Ils disent que les classes supérieures du venezuela, des états-unis, d’espagne, et les multinationales, luttent contre ce mouvement, et qu’elles ont peur qu’il ne grossisse et s’étende à toute l’amérique latine, autour de chavez, Lula au brésil, et Lucio Gutierrez en Equateur. Qu’est-ce que tu en dis ?

jm : Ceci est complètement à l’opposée des excellentes relations qu’entretient Chavez avec Ali Moshiri (president de Chevron Texaco-Latin America) et avec d’autres grosses compagnies comme Repsol-YPF, Esso et Conoco-Phillips, dont le président dit qu’ils soutiennent la révoluiton bolivarienne. Est-ce que des multinationales peuvent mener une révolution sociale ? Est-ce qu’un état peut créer une organisation communautaire ? Je crois que nous avons simplement besoin d’observer l’histoire pour comprendre ce qui s’est passé en amérique latine depuis que les empires et que les grosses compagnies ont trouvé toutes les ressources naturelles. Ce que la Couronne Espagnole a fait avec l’argent en dans le Potosi est ce que Chevron Texaco est en train de faire avec le gaz au venezuela, avec l’aide totale du gouvernement, et c’est la première raison de la dépendance de nos économies et de notre misère.

r : Il me semble que vous faites partie des (rares ?) personnes qui disent qu’elles ne sont ni pour chavez ni dans l’opposition... Comment les gens réagissent-ils quand vous dites ça ? Quelles actions mener alors, lorsqu’on n’est ni pro-chavist, ni dans l’opposition ?

jm : C’est très dur de parler politique au venezuela en ce moment, et pire si tu es anarchiste. Mais il y a aussi de nombreuses critiques envers les deux parties, de la part de très bons écrivains marxistes, et d’intellectuels de l’ex-mir ou de la guerilla, comme Rafael Irribarren, Agustin Blanco Muñoz, Humberto Decarli, Domingo Alberto Rangel, qui sont contre le gouvernement de Chavez et contre la classe moyenne d’opposition, et qui se rapprochent du mouvement anarchiste.

r : En tant qu’"anarchiste anti capitaliste" d’europe de l’ouest, je dirais : "Je ne peux pas supporter chavez, c’est un chef politique, il ne peut pas aider un peuple", mais des gens pourraient me répondre "Tu ne connais pas la réalité, la révolution bolivarienne est celle du peuple" [5]. Que dirais-tu, toi ?

jm : Je pense que la réalité d’une révolution ne porte pas sur un président, et on peut dire ça aussi à propos de la situation au venezuela. S’il y a eu changement dans les mentalités du peuple, ce n’est pas à cause de chavez ou de l’opposition, mais au sein du peuple lui-même, et c’est à cet endroit là que les anarchistes bossent. Si ces gens qui parlent de la révolution bolivarienne vont chez les communautés natives comme les Pemones dans le Gran Saban ou à Imataca, et qu’ils se rendent compte de ce que les grosses compagnies font avec l’aide de Chavez, et de la répression contre les indigènes, qui perdent leurs terres, leurs moyens de subsistance et leur culture, alors ils réaliseront que c’est la révolution de bien peu de gens, si on peut appeler ça révolution.

r : J’ai entendu dire qu’il y avait beaucoup de médias indépendants et communautaires au venezuela. Qu’en est-il ?

jm : L’an dernier nous avons ouvert une bibliothèque autonome et libertaire (http://www.centrosocial.contrapoder...), une autre a été ouverte a Biscucuy et il y a beaucoup de radios indépendantes, certaines supportent chavez et d’autres non.

r : Où peut-on trouver des infos sur ce qu’il se passe au venezuela ? (dans quelles langues ?)

jm : Nous avons un site avec de l’information sur les affaires de la révolution avec les grosses compagnies, et des critiques envers le gouvernement et l’opposition, de la contre-culture, de l’art, et un peu de tout. Le site est là : http://www.nodo50.org/ellibertario, il y a beaucoup de traductions en anglais.

r : Que se passe-t-il du point de vue des groupes et mouvements anti-capitalistes et anarchistes ? Est-ce qu’il y a des squats, des centres sociaux ?

jm : Il n’y a pas de squats, mis à part les ghettos construits autour des grandes villes il y a des années, mais on n’y trouve pas d’idées anarchistes. Il y a deux bibliothèques anarchistes, et très peu de collectifs, mais ce qui est bien c’est qu’il y a un réseau très fort avec les luttes des communautés natives, les étudiant-e-s et les écologistes.

r : Merci, ajoutes ce que tu veux...

jm : Merci pour l’interview et restez en contact !
Notre adresse e-mail est losdolares nodo50.org et vous pouvez nous écrire si vous êtes intéressé-e-s pour aider à distribuer notre journal anarchiste "El Libertario", ou pour de l’amitié ou quoi que ce soit !
Amour et anarchie !
Juanmi x Los Dolares et El Libertario
http://www.losdolares.cjb.net
http://www.nodo50.org/ellibertario

PRODUCCIONES DESKONTENTO // FERIA DE KULTURA LIBERTARIA KARCELONA
http://www.nodo50.org/deskontento
C/O : JUAN MIGUEL PARDO - APARTADO NRO 437 - 08080 BARCELONA - ESPAÑA

*Cette interview est destinée à être publiée en français dans le Bulletin Sans Titre n°23, publication d’informations, d’idées, etc., liée au Réseau anti-capitaliste et anti-autoritaire “Sans Titre”, et aussi à être publiée (en anglais ?) dans un fanzine anarchopunk, “Bavardages...”

[1Dans le jargon, une « scène » est une sorte de « milieu » punk, attaché à un ensemble géographique (« Dans la scène stéphanoise on boit beaucoup de bière », « la scène française n’est pas très en forme »...). Selon les contextes, les punks peuvent partagé-e-s en groupes très distincts selon leurs styles musicaux, liés à des démarches particulières, ou alors tous et toutes travaillent plutôt ensemble au-delà des styles, ou se fréquentent et ont des liens sans travailler ensemble, etc.

[2« Une distro » (=« distribution ») c’est une structure alternative pour diffuser de la musique ou des lectures, ou autres, par correspondance, ou dans un espace fixe ou par le biais de stands posés lors de divers évènements (soirées, concerts, etc.) « Un label » c’est une structure alternative de production de disques, cassettes, etc.

[3Voir à ce sujet le site Acrimed (=« Action Critique Media » sur http://www.acrimed.org/rubrique179.html) qui, pour un média critique, diffuse énormément d’« informations » pro-chavez, pro-chavez et pro-chavez... du genre « chavez est l’exemple à suivre pour changer le monde »

[4En gros Chavez est président du venezuela depuis 1998, c’est une sorte de social-démocrate, et l’oppositon a essayé de faire un coup d’état en 2002, puis l’été dernier (août 2004) il y a eu un referendum pour savoir si le peuple était favorable à la politique de chavez, et ce vote a été positif. Il y a apparemment dans la gauche française une sorte de mythe d’un Chavez héros du peuple qui mène une réelle politique sociale et une réelle démocratie participative soutenue par le peuple. On raconte que ce peuple est en pleine révolution (la « révolution bolivarienne » car inspirée historiquement par Bolivar) et que Chavez n’en est que le porte-parole. En gros.

[5C’est gorssièrement ce qui s’est passé lors de la conférence de l’Action Mondiale des Peuples (AMP) en europe (belgrade, juillet 2004), lors de laquelle il y a eu une sorte de débat pour décider soutenir oui ou non ce mouvement, qui luttait contre les attaques capitalistes des miltinationales et des états-unis, alors que c’était aussi un mouvement qui soutenait un président, tandis que l’AMP est un réseau anti-autoritaire, donc anti-étatique... Alors les gens qui étaient pour que la conférence affirme officiellement son soutien à ce mouvement disaient à ceux et celles qui étaient contre qu’illes ne comprenaient pas la réalité concrète de ce qui était en train de se passer. Ce qui est certainement vrai. Mais de là à ensenser la « révolution bolivarienne »... On trouve des traces de ces débats dans ces pages internet :
http://www.pgaconference.org/_PGA20... où l’on trouve un rapide compte-rendu des débats et décisions, puis des échos sur : http://www.ainfos.ca/04/nov/ainfos0...
et http://www.ainfos.ca/04/oct/ainfos0...


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1 réaction

  • Salut ici Esteban certains me connaissent, je suis d’ANGRR et tournais avec les tromatism , anarkopunk depuis longtemps ,j’avais ouvert le muzik info shop « alternativnoise » a lyon en 1994 et angrykultur dans le sud est de la f-rance en 1999, j’ai presk 2 ans vivant au Venezuela et viens (2 mai) d’y ouvrir le 2ª athenee autonome de contreculture et etudes acrates a Biscucuy , sachez ke d’ici peu je traduirais les infos libertaires du site del Libertario en français , ceux ki veulent connaitrent la situation ici de pres sont les bienvenidos en mi casa(maison). Salutation Libertaire Re-evolutionaire


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