Saint-Étienne et alentours Couac   MEDIAS

Les Wauquiezeries (Couac, n°3)




Laurent Wauquiez, qui est à la tête de la région Auvergne–Rhône-Alpes et est aussi vice-président des Républicains et député de Haute-Loire, drague volontiers l’électorat FN. Ses dernières actions et déclarations en témoignent.


Festivals LGBT : La famine pour tous !

Lolo le très Catho n’en est pas à son coup d’essai en matière de conservatisme sur les questions de la famille, du genre ou des LGBT+ [1]. On se souvient de son soutien à la Manif pour tous, au côté de laquelle il s’était plusieurs fois affiché.
En novembre 2015, lors de l’élection régionale, il leur avait confirmé son soutien à Lyon : « J’étais avec vous dans les manifestations contre la loi Taubira et je n’ai pas changé d’idées ! Je suis favorable à son abrogation, j’assume l’intégralité de mes convictions, à visage découvert, et je ne transige pas sur mes valeurs […] Aujourd’hui, on défend l’écologie, la nature, le développement durable, les plantes, les animaux… Et l’homme, dans tout ça ? On est prêt à détruire notre conception séculaire de la transmission et de la façon dont l’être humain lui-même a été créé. Il faut mettre la même ardeur pour défendre la famille qu’on en met actuellement pour le climat à l’occasion de la COP21 ».
En voilà au moins un qui tient ses promesses : depuis son élection à la tête de la région Auvergne–Rhône-Alpes en 2015, il n’a eu de cesse de traquer et museler les initiatives en faveur d’une ouverture progressiste et d’une solidarité envers les minorités. Ce fut d’abord la délégation régionale contre les discriminations qui fit les frais de la nouvelle majorité, puis la Quinzaine de l’égalité femmes-hommes qui fut tout bonnement supprimée, sous prétexte qu’elle valorisait la « théorie du gender » chère à Lolo le Démago, à sa clique républicaine et à l’extrême droite pour ne citer qu’eux. De même le planning familial a vu sa subvention régionale baisser de 30 %, au motif de la baisse de moitié du financement du « Pass Contraception-Prévention » par la région, au motif qu’« Il y a très peu d’utilisateurs du “Pass Contraception” en Auvergne-Rhône Alpes » et que la contraception serait — ce qui est faux — prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie.
Sa nouvelle croisade, quoiqu’il se défende — maladroitement parfois — de toute homophobie, Lolo le roi de l’Éco la dirige maintenant contre trois festivals LGBT+ que la région finançait jusque-là. En novembre, Écrans Mixtes, le festival du film queer à Lyon perdait 3000 euros sur un budget total de 12 000 euros, « en raison des critères d’éligibilité et du nombre de demandes proposées ». Ce faisant, selon son coordinateur Ivan Mitifiot, « Laurent Wauquiez tente de nous invisibiliser » : avec un budget abaissé d’un quart, la 7e édition qui se tiendra du 8 au 17 mars prochain devra revoir son nombre d’invités à la baisse et réduire sa communication, ce qui signifie par la même occasion perdre en affluence… et donc amoindrir la visibilité des queers.
À Grenoble, le festival international du film gay et lesbien Vues d’en face craint de ne pas recevoir la subvention de 3 000 € qui lui échoit pourtant chaque année. La décision sera rendue en mai 2017, mais les organisateurs se résignent déjà à supprimer plusieurs jours de projection.
À Saint-Étienne, c’est le festival Face à Face qui se tient chaque année en novembre depuis 12 ans a perdu en septembre la subvention annuelle de 5 000 euros que la région lui versait depuis sa création. Cette somme correspond à 50 % de ses subventions (le reste étant fourni par la Ville de Saint-Étienne, le département de la Loire et la réserve parlementaire du député Jean-Louis Gagnaire). Ceci fragilise non seulement le festival, mais aussi les lieux qui accueillent les événements, les revues auxquelles le festival ne pourra plus acheter d’encarts publicitaires, les créateurs et on en passe. Cela affaiblit d’autant plus le festival qu’il reposera davantage sur les sponsors privés constitués à 73 % par trois entreprises, en 2014. Dominique Thévenot, nouveau président du festival, pour qui l’édition 2016 était la première, souligne cet effet domino, mais confirme d’une part le soutien de la mairie au festival et d’autre part le maintien de l’édition 2017 qui proposera notamment une carte blanche de soutien à Écrans Mixtes. À l’avenir, il souhaite que Face à Face s’ancre encore plus largement dans le tissu associatif et culturel local et s’ouvre à d’autres publics, ce qui avait déjà été fait en 2016 via des projections dans des cinémas partenaires dans la Loire et la Haute-Loire.
11 000 euros de financement, c’est à la fois une goutte d’eau dans le budget de la région qui dépasse les 3,5 milliards d’euros et une somme énorme pour les festivals. C’est aussi, à minima, ce que touchera Lolo Patalo en frais de bouche et d’hébergement cette année. C’est sans doute surtout, pour le président du conseil régional, un choix tout à la fois symbolique et un jalon dans une stratégie à long terme qui vise à affaiblir les structures militantes et culturelles qui s’opposent à ses convictions. N’avait-il pas exprimé, lors de la rencontre avec la Manif pour tous en 2015, sa conviction que « rien ne changera à partir de l’échelon national : le changement viendra du local ». La culture et la différence ont de bien beaux jours devant elles.

Molière et les travailleurs détachés

Laurent Wauquiez se fait maintenant le chantre de la langue française [2]. Pas de railleries sur sa syntaxe parfois approximative, monsieur le Président de Région veut faire peuple. Et c’est au nom de ce même peuple (français) que le voilà en va-t-en-guerre contre les travailleurs détachés.
L’idée, piquée aux régions Normandie et Hauts-de-France [3], est simple : des brigades de contrôleurs inspecteront les chantiers de construction pilotés par la Région et s’assureront que toute personne casque sur la tête et truelle à la main parle bien le français. Why ? Pardon, pourquoi ? Pour s’assurer de la bonne compréhension des règles de sécurité ! Si la francophonie n’est pas au rendez-vous, l’entreprise employeuse aura l’obligation de faire appel à un interprète. Un calcul simple dans la tête de Lolo, avoir à payer un interprète, sous droit français, découragerait l’embauche de travailleurs détachés… Rappelons que ces derniers sont européens, payés au SMIC et non assujettis aux cotisations sociales. Une concurrence évidente, dans la tête des amis de Wauquiez, face aux travailleurs franco-français. Et une clause évidemment discriminatoire.
Patrick Mignola, vice-président de la Région en charge des Transports, reprend le vocable [4] tant apprécié de Wauquiez et tente de justifier l’idée :
« C’est en tant qu’entrepreneur que je parle : le travail détaché est le cancer du monde du BTP car il induit un véritable déséquilibre économique. Nous assistons à un effondrement des compétences dans le secteur du BTP, alors que nous avions des leaders mondiaux. » [5]
Sauf que, comme l’a soulevé Jean-François Debat, chef de file de l’opposition socialiste régionale, cet engouement pour la langue de Molière, s’il devient une condition d’attribution d’un marché public, pourrait entrer en opposition avec un article du Code pénal qui stipule que « toute distinction opérée sur le fondement de la capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français constitue une discrimination ».
Du grand Laurent, friand de l’effet d’annonce mais peu loquace sur la mise en pratique de ses grandes idées…

La SiliRhône vallée

« Notre objectif est simple, faire d’Auvergne-Rhône-Alpes la Silicon Valley Européenne. » (Tweet de Laurent Wauquiez, le 30 janvier 2017)
Devenir « le leader en Europe » est le vœu formulé par Laurent Wauquiez. De quoi donc ? Et comment ? Du numérique évidemment, avec notamment une école de codage à la rentrée 2017 et 650 millions d’euros d’investissements entre 2017 et 2021. Focus.
L’Hôtel de Région a connu le 30 janvier une drôle de journée innovante. Baptisé Digital Summit, l’événement s’est ouvert en grande pompe. Juliette Jarry, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a souhaité aux participants la « bienvenue dans la European Digital Valley » ! Pour cette première édition l’objectif affiché était limpide : « accélérer la transition numérique de l’économie régionale ». Comment ? En mettant au cœur des débats la question des compétences, gages de performance et de création d’emplois.
L’avenir sera radieux, notamment grâce à l’ouverture dès la rentrée 2017, à Confluences dans un premier temps, d’une école de codage, sur le modèle de « L’école 42 », parrainée par Xavier Niel (vice-président et directeur délégué à la stratégie du groupe Iliad, maison-mère de Free et co-propriétaire du groupe Le Monde). Fini le vieux monde, de toute façon « le système éducatif ne marche pas » et il devenait urgent de « changer les choses, d’envisager un mode de formation différent et d’abandonner la structure classique de l’enseignement tel qu’il est fait en France, inadapté à la formation des talents dont nous avons besoin ». École gratuite (enfin à grands renforts de financements régionaux), « programme individualisé à l’extrême », « voie d’accès à une nouvelle structure de société dans laquelle il n’y a plus d’exclus », le projet pédagogique (et sociétal) est prometteur. Et permettra à la France d’être enfin à la hauteur : « La France est encore la 6e puissance économique mondiale, mais seulement la 19e pour l’économique numérique. Quand elle retrouvera sa place légitime au rang des puissances numériques, le problème du chômage en France sera résolu ». [6] Et Laurent sera ravi de ce nouveau Partenariat Public Privé !

L’or blanc

Laurent Wauquiez, tout fier qu’il était lors de son annonce en septembre dernier, vient de plomber quelque peu sa Charte et son éthique régionale… Plus précisément, l’engagement numéro 7 — chiffre porte-bonheur ! — de ladite charte, s’intitulant « Prévention des conflits d’intérêts », mentionne que « pour toute délibération concernant une entreprise, une association ou un organisme public ou privé dans lequel ils seraient susceptibles d’avoir un intérêt quelconque, les conseillers régionaux s’engagent à ne pas prendre part au vote ni à l’instruction des dossiers concernés ». Raté, complètement raté.
En effet, le 27 janvier dernier Acteurs de l’économie/La Tribune indiquait que des soupçons de prise illégale d’intérêts pesaient sur Gilles Chabert. Ce monsieur montagne mélange sans aucune pudeur plusieurs genres. Pour preuve, lors de l’Assemblée plénière du 23 juin 2016, Gillou a tout bonnement déclaré : « Je vous incite à titre personnel en tant que président du syndicat des moniteurs de ski à voter massivement et sans hésiter ce plan [montagne], si vous voulez vous régaler cet hiver dans nos vallées en pensant que vous avez contribué à donner du bonheur aux pratiquants » ! Précisons là qu’il préside la commission montagne de l’AuRA, qu’il est administrateur de l’association Montanea, qu’il est président du Syndicat des Écoles de Ski, qu’il est membre du conseil d’administration de la Compagnie des Alpes (enfin plus maintenant, il vient de démissionner) et qu’il exerce enfin au sein de l’ESF de Villard-de-Lans-Corrençon-en-Vercors.
Pour faire bref, près d’un quart des 10 millions d’euros du Plan Montagne (grand raout pour l’enneigement artificiel) auraient bénéficié, de près ou de loin, à des organismes et sociétés liés au conseiller régional précédemment cité. Interrogés à ce sujet, Chabert et Wauquiez n’ont pas détonné. L’un ne voit pas le problème, ne prenant pas part au vote mais seulement à l’instruction des dossiers. Tandis que l’autre reste muet, sauf à dire qu’il se consacre entièrement à la Région et qu’il ne louche pas sur les fonctions présidentielles [7]. Le dépôt du nom de domaine wauquiez2017 [8] n’était donc sujet à aucune interprétation sur les intentions de notre très médiatique président de Région...

Tout en nuances

Laurent la finesse, en déplacement le 16 janvier dernier pour rencontrer l’Association des toques blanches lyonnaises — association de chefs — semble s’être emballé. Essayant de séduire ces fins gourmets réunis, Laurent la déconne a cru bon de cracher sa bile sur les chefs des cantines de nos lycées : « Les cuisiniers des lycées font de la merde et ne font que des repas sans goût » (sic). Sauf qu’il y en avait dans l’assistance... Le syndicat Unsa a vite répliqué : « Comme à votre habitude, vous vous gargarisez de vos actions dans les médias pour maquiller vos nombreuses lacunes dans l’organisation de notre administration régionale […] L’Unsa tient à vous rappeler que les personnels de cuisine dans les lycées sont des membres à part entière de la collectivité. Ces propos insultants sont inadmissibles et scandaleux, venant de leur employeur […] La priorité que vous affichez reste les économies à réaliser sur l’ensemble des postes budgétaires. S’agissant de la restauration lycéenne, les responsables de cuisine doivent travailler avec les contraintes que vous leur imposez » [9].
Le cabinet du chef (de la Région, pas du Guide Michelin) s’est vite fondu en excuses et explications. Un malentendu à les lire, une bourde sémantique qui a malheureusement déplacé la critique des produits servis vers le travail des agents  [10] ! L’opposition PS, par la voix de son président de groupe Jean-François Debat, a quant à elle pointé les 75 millions d’euros d’économies réclamés par Laurent la sobriété depuis son entrée en fonction et l’impossible équation baisse des coûts/maintien de la qualité... Bref, le mal a été fait et les territoriaux s’en souviendront.

Charité bien ordonnée...

… commence par soi-même ! Alors qu’il prône pour sa région une continence de bon aloi, notre bon Laurent Wauquiez s’est accordé le 9 février dernier une petite rallonge en assemblée plénière, à savoir une « indemnité de séjour » destinée à rembourser ses frais d’hébergement et de bouche, à hauteur de 60 euros par nuit et 15,25 euros par repas, ce qui devrait selon la presse nous faire dans les 1 000 à 1 500 euros par mois. Une goutte d’eau dans le budget d’une région qui, il est vrai, devra économiser 75 millions d’euros par an. Mais un coup de pouce nécessaire pour le président de ladite région, dont les indemnités cumulées plafonnent à 8 272,02 euros par mois, et qui doit traverser deux départements pour se rendre du Puy-en-Velay à Lyon. « Cette indemnité, c’est pour qu’il ne dorme pas dans sa bagnole », explique son cabinet. Au moins un homme qui, cet hiver, dormira au chaud.

[1Lesbiennes, Gay, Bi, Trans auquel on peut ajouter sans exhaustivité aucune les Intersexes, les Queers, les Asexuels…

[2Clause de la langue française votée lors de l’Assemblée plénière du 9 février 2017. Au cours de la même assemblée Laurent Wauquiez a également fait voter la mise en place d’une « préférence régionale » dans l’attribution des marchés publics.

[3La Normandie prend la vague de la Clause Molière et de la préférence régionale, marchespublicspme.com

[4Le 8 mai 2011, invité sur BFMTV, Laurent Wauquiez, alors ministre des Affaires européennes, avait associé les « dérives de l’assistanat » au « cancer de la société française ».

[5« Laurent Wauquiez va contrôler le niveau de langue française des ouvriers BTP », rue89lyon.fr.

[6Voir le site internet de L’école 42, www.42.fr.

[7Lors d’une interview au Progrès le 26 janvier 2017.

[8Déposé le 31 janvier auprès de l’hébergeur Gandi en plein PénélopeGate, Wauquiez affirme que « ça ne vient pas de chez [lui] ».

[9« Trop c’est trop ! », Lettre ouverte du syndicat Unsa Territoriaux du Conseil Régional à l’attention de Laurent Wauquiez, disponible sur <unsa.org>

[10« Laurent Wauquiez embourbé dans une polémique sur les menus scolaires », Le Point, 19 janvier 2017.


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