Saint-Étienne et alentours   MOBILISATIONS - LUTTES

Retour sur la manif des gilets jaunes du 1er décembre à Saint-Étienne


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Samedi dernier (1er décembre) on célèbre la Sainte-Barbe, patronne des mineur.e.s qui est – dans la légende – censée les protéger du feu. Mais cette année, la mairie a dû modifier le programme des festivités qui, exceptionnellement se sont déroulées ailleurs. Quelques lecteur.rice.s du Numéro Zéro nous ont fait parvenir ce récit qui revient sur ce qui s’est passé samedi après-midi dans les rues de Sainté. Nous sommes toujours à la recherche d’autres écrits, témoignages, prises de position pour compléter cet article, tenter d’y voir plus clair, alimenter nos réflexions.


À LA RENCONTRE DES GILETS JAUNES

Resté.e.s en dehors du mouvement, nous sommes deux, puis trois à se décider tardivement d’aller rencontrer les "gilets jaunes". Nous ne savons pas grand chose. On a entendu parler du blocage du rond-point de Monthieu. Finalement une manif est prévue. On tombe sur le cortège.

Au début c’est dur, la Marseillaise, quelques drapeaux français, des motards, des chants de supporters des verts remasterisés. On se sent un peu décalé.e.s. Il y a aussi quelques leaders autoproclamés douteux qui se révèlent.
Pour sûr, ça change de nos habitudes : pas de tête de cortège, pas de voiture-sono ni buvette ambulante, pas de banderoles, pas de regroupement selon son entreprise/syndicat/groupe politique. Non, juste du gilets jaunes avec des messages (parfois repoussants, parfois qui font du bien) écrits dessus. Par contre visuellement, ça a de la gueule ! Sans sono, ce sont surtout les gens qui font du bruit. Même si la Marseillaise nous irrite, on sent une pêche, de la force, une détermination, un côté un peu « incontrôlable » qui fait plaisir à voir. Alors on gueulera aussi le slogan le plus récurent « Macron démission ! ». Y a du monde, trois voire quatre milles personnes défilent.

Après avoir remonter la rue de la Montat, passé Fourneyron, rue de la République, l’hôtel de ville, c’est à la préfecture que les différents cortèges se rejoignent. La composition du cortège est à l’image de notre ville, cosmopolite et populaire.
En route, on rencontre, entre autres, des cinquantenaires. Ils racontent, c’est leur première manif, comme pour beaucoup. À Saint-Chamond, ils se rassemblent, font des assemblées, se confrontent. En ce moment, ils débâtent sur l’utilisation de la « violence ». Ce couple se revendique pacifiste. Des jeunes se joignent à la discussion, eux ils veulent « tout casser ». Elle n’est pas d’accord mais veut bien comprendre. Elle dit avoir lu indignez-vous de Stephen Hessel et explique que la violence était légitime face au nazisme mais maintenant... Disons que c’est moins évident pour elle. Ils s’accordent aussi sur leurs difficiles conditions de travail. Un métier d’artisan en lente disparition pour le gars, des conditions merdiques de stagiaire en CFA charpente pour le jeune.

Au niveau de la place du peuple, nous hésitons à nous barrer. Et puis on se dit : « Bon allons voir quand même jusqu’à Centre Deux. »
Comme souvent à Saint-Étienne, les CRS restent en nombre dans les rues parallèles adjacentes, de façon peu visible. Mais devant l’entrée principale de Centre Deux, derrière une rubalise, ils sont postés en rang. Le chef de police porte glorieusement une écharpe tricolore ?! On s’est même demandé si ce n’était pas le préfet ! D’autres sont à droite de l’entrée en hauteur. Centre Deux est protégé mais pas fermé. Des gens continuent d’entrer et sortir. Passe un moment de flottement devant Centre-Deux.

Ça gaze

Puis un groupe de gilets jaunes montre une ferme intention d’entrer dans le centre commercial, sommant la police de se disperser. Une partie des gilets jaunes, plus frileuse, n’est pas d’accord avec ce qu’il se passe.
La police n’obtempère pas et reste sur place et juste après le premier petit projectile sans conséquence, les premières lacrymos sont directement lancées. Une grande partie des manifestant-es s’en vont en marchant. D’autres gilets jaunes restent ou reviennent sur place lorsque le brouillard se dissipe. Puis les lacrymos s’enchaînent et les personnes reculent plus ou moins tranquillement. A cela s’ajoute les tirs de flasball, on se retrouve une dizaine de personne a s’abriter en catastrophe derrière la voiture la plus proche. Nous n’y restons pas longtemps puisque déjà, les keufs envoient des lacrymos qui roulent sous les bagnoles. Les flics prennent rapidement possession de la rue en face de centre-deux. Ils poursuivent ceux-celles qui restaient et s’en vont dans la rue adjacente. Ils s’apprêtent a leur tirer dessus avec lacrymo et flashball. Une manifestante s’interpose seule et empêche les tirs. Elle est traînée violemment par terre et gazée en plein visage.

Quand les guirlandes dégringolent

Plus bas, vers le Mc Do, les jeunes et moins jeunes commencent à s’activer. Les radars, les horodateurs, le mobilier urbain, les guirlandes de Noël sont détruites. Une quantité étonnante de chose trouvées ici et là sont entassés puis mise à feu. Un grand nombre de personnes restent relativement proches de ces « réjouissances » qui font plus ou moins office de barricade (la rue est large). Du monde se met à l’ouvrage, avec ou sans gilet, masqué et souvent pas, ado, jeunes, moins jeunes, autant mec que meuf. On se marre en voyant un cinquantenaire et un ado cramer ensemble un panneau publicitaire. On s’étonne de rencontrer un duo de Power Rangers (on regrette qu’illes n’aient pas fait appel au robot Megazord !)
Les réactions sont aussi très déroutantes. Les mouvements de foule sont importants. Tout le monde se suit de manière très impulsive. Des lacrymos tombent, tout le monde court. Quelques un.e.s crient de ralentir, ça se calme. Des lacrymos retombent tout le monde repart dans tous les sens. On commence à en prendre vraiment plein la gueule, c’est surréaliste. Il n’y a aucune équipe médic, peu de gens masqués, pas de sérum phy, ni maalox. Ils nous ont fait reculer dans la grand’ rue pour limiter les plus gros feux.

Ça se tend

Pendant presque deux heures, on se fait gazer. On recule encore vers la fac. Au fur et à mesure de la descente, des panneaux publicitaires, la borne des Véli-verts, l’arrêt de tram volent en éclat, des tas d’objets plus ou moins gros sont enflammés. Ça tient. Les lacrymos sont renvoyées d’un coté, de l’autre ça continue de brûler et casser. Au milieu ça soutient ! On voit des cinquantenaires, casques de gaulois sur la tête, soutenir les plus jeunes. Certain-e-s ont eu la brillante idée d’arracher des mottes de terre de la voie du tram (facile à enlever par plaque) pour étouffer les lacrymos. À noter qu’il y a consensus parmi les manifestants sur les cibles à épargner : « Oh ! Pas les voitures des gens, ça se fait pas ! » entendrons-nous ça et là. Pas que nous voulons glorifier l’automobile, mais on est pas dans le 16e et dans notre ville de galérien.ne.s, on sait que ça peut être relou de se faire cramer sa caisse et se faire arnaquer par les assurances...
A un moment, une salve bien plus fournie de lacrymos. On étouffe et nous sommes plusieurs à se réfugier dans un hall d’immeuble. Sept, huit keufs délogent violemment à coup de matraque, les personnes abritées devant. Puis ils gueulent, tapent sur les vitres, nous ordonnent de sortir. A l’intérieur certain-es commencent a paniquer, trois lèvent les mains, une ado pleure disant ne pas être des gilets jaunes. On tente de dire que l’on a un blessé : « Ta gueule toi ! Ouvrez bande d’enfoirés ! ». Derrière une autre porte vitrée, il y a des gens de l’immeuble qui refusent de nous ouvrir. Les CRS finissent par ouvrir la porte à grand coup de pieds. Ils nous somment de sortir cette fois encore, à grand coup de matraques, notamment pour ceux-lles qui tentent de rester bras levés. Plusieurs sont touchés à bout portant au flashball, dès la porte passée. Après ça, on a vraiment la haine !
La tension est encore montée, les bouches incendies sont ouvertes, devant la fac l’eau prend aussi la rue. Les vitrines de banques, de boite d’intérim sont cassées. Il n’y a plus qu’un seul magasin d’ouvert, le patron est à sa porte prêt à sauver sa vitrine, il laisse entrer les gens pour boire ou s’abriter.

"Il y a de l’alcool gratuit là-bas !!"

Et puis il y a le Casino, scène incroyable ! Une fois la vitrine pétée, tous le monde se sert. Un chariot de cannettes de bières est renversé à l’entrée, laissant rouler les bières sur le trottoir et la rue. Certains font des réserves quand d’autres font des feux de joie au whisky sur le compte de Macron. Les CRS ne sont plus là ou restent au loin, on ne subit plus les lacrymos. C’est donc pendant au moins 30 minutes que les moins timides se servent et plusieurs ressortent avec des sacs ou paniers bien fournis. En même temps que l’excitation de ce gain de pouvoir d’achat éphémère, une partie des personnes abandonne la rue. Pour les autres encore là, le calme revient autours des quelques brasiers restants. Sans escorte policière visible, des pompiers arrivent et éteignent les feux plus hauts dans la rue. Des curieux viennent voir. Ça s’étiole, c’est la fin.
Deux voitures de police finissent par arriver avec quatre voitures de la bac. Pour reprendre possession de la rue, ils sortent, tapent dans le tas, gilets ou pas, remontent, avancent.
Un bacqueu sort tout seul se défouler, le con, il laisse les deux autres apeurés sans les clefs de la voiture !

Bilan

Il est 18h 30, cette soirée se poursuit avec des patrouilles de flics en nombre et des contrôles, probablement arbitraires, dans la soirée. Nous n’avons pas été directement témoins d’arrestations mais Perdriaux en annonce 11 le lendemain, parmi lesquelles au moins deux mineur.e.s et/ou très jeunes. Nous ne savons pas combien il y a eu de personnes blessées par les tirs de Flashballs, gazs et coups de matraques. La presse annonce quelques blessé.e.s léger.e.s et nous avons pu en constater plusieurs au cours de la journée.

Des galapiat.e.s

https://www.youtube.com/watch?time_continue=261&v=yOdXnkmWOtc


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2 réactions

  • D’après le Progrès ,
    pour Miloud, bientôt 19 ans, accusé de pillage, la représentante du ministère public veut dix mois ferme et un maintien en détention. Il est finalement condamné à trois mois ferme }

    avec maintien en détention.
    pour Ahmed, 20 ans, accusé d’avoir mis le feu à une poubelle, le tribunal le condamne à six mois avec sursis et mise à l’épreuve durant deux ans.
    Pour Raphaël, 24 ans, accusé d’avoir mettre le feu à un chalet, Place Anatole France, huit mois de prison ferme, sans mandat de dépôt.

  • D’après France Bleu, trois individus doivent être jugés mercredi 5 décembre en comparution immédiate. Deux d’entre eux sont poursuivis pour avoir incendié des poubelles et un chalet sur le marché de Noël. Un troisième a été interpellé lors du pillage d’une supérette.

    Deux autres individus soupçonnés d’avoir incendié des poubelles et caillassé des policiers sont placés sous contrôle judiciaire. Ils seront jugés ultérieurement. Enfin, un mineur est mis en examen pour avoir participé à un incendie.

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Le Déchaîné n°7 - Journal de gilets jaunes de Monthieu - est sorti !

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"Dès aujourd’hui, nous invitions celles et ceux que l’espoir d’un monde meilleur anime à nous rejoindre. Ensemble, imaginons et organisons des actions qui empêcheront les puissants de ce monde de se pavaner en toute impunité. Barrons-leur la route pour dégager d’autres chemins.
Peuples d’ici et d’ailleurs, vous, nous, soyons des milliers à les encercler, les isoler, les empêcher !
La violence est de leur côté, la justice du nôtre."


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URBANISME - GENTRIFICATION - TRANSPORT
[Radio] Joie, rage et courage - Qu’est-ce qui se trame ?  

Alors qu’une troisième ligne de tramway va arriver à Saint-Étienne, retour sur les choix de construction des lignes de tramway et les projets de restructuration urbaine avec la gentrification en toile de fond. Petit exemple de lutte contre les transports payants avec les mutuelles des fraudeur-euses et les actions des R.Z. en Allemagne à la fin des années 70.


LOGEMENT - SQUAT
Logement : pas de repos sur Les Lauriers  

Si le rejet par le tribunal de l’expulsion de la Poste à Solaure a donné un peu de répit à ces personnes à qui l’on refuse l’accès à un logement, il n’en demeure pas moins qu’elles sont contraintes, ici comme ailleurs, de vivre dans un squatt. Rencontre avec un de ceux qui slaloment entre les squats, la rue et l’hébergement d’urgence (article paru initialement dans le journal du Carnaval de l’Inutile de mars 2019).