Saint-Étienne et alentours Le Gueuloir   MIGRATIONS - SANS-PAPIERS / REPRESSION - PRISON

Alerta alerta anti-CRA !




Depuis plusieurs mois déjà la lutte contre les CRA s’accroît à l’intérieur comme à l’extérieur. Pas plus tard que la semaine dernière débutait une grève de la faim dans les CRA de Palaiseau et de Plaisir. Dans ce contexte et pour mieux comprendre l’abomination que sont les CRA, voici ci-dessous un article (paru en juin dans le Gueuloir n°4) sur le sujet.


Il est tôt, le soleil n’est pas encore levé qu’on entend les voitures s’arrêter, les portières claquer ; soudain c’est la panique ; la police rafle tous ceux qui n’ont pu s’échapper ; un malheureux est tabassé au sol ; tout le monde tremble, assis ; les contrôles de papiers sont précipités, les hommes, les femmes, les enfants ont peur… Peur de quoi ? De la machine à déporter...
Si ces quelques lignes sont certes fictives, elles s’avèrent pourtant très, malheureusement trop, représentatives, de la réalité. Alors qu’on pourrait croire à un récit d’une rafle de SS dans un ghetto juif en Pologne, on parle pourtant d’un tout autre type de rafle et d’une nouvelle forme de déportation. Nous pourrions en effet être en France, pas plus tard qu’hier matin, en 2019. Et parmi les rouages de cette machine à déporter, machine de contrôle et de répression, on retrouve celui qui menace chaque jour ceux et celles qui ne sont pas nés du bon côté de la frontière : le CRA.

Mais qu’est-ce qu’un CRA ?

Les CRA (Centres de Rétention Administrative), même si les textes juridiques ne les désignent pas comme tels, sont des lieux d’enfermement et de privation de liberté, où les violences policières, les menaces et les humiliations sont à l’ordre du jour et où les droits de l’Homme ainsi que la dignité humaine sont bien souvent mis de côté ! Légalisés le 29 octobre 1981 (parce qu’on n’a pas attendu que ce soit légal pour en créer), leur but initial est d’enfermer des individus avant de pouvoir les éloigner du territoire français. Leur utilisation est de plus en plus fréquente avec un
gouvernement qui, l’an dernier, demandait à ses préfets de remplir davantage les CRA. Leur usage est ainsi devenu presque systématique pour de nombreuses préfectures, recourant systématiquement à cet outil politique, dissuasif et répressif.

Mais qui y enferme-t-on ?

Vous l’aurez compris, ce ne sont pas les évadés fiscaux qu’on enferme en CRA, mais les personnes en situation irrégulière (du moins théoriquement) à qui on reproche un crime particulier : celui de ne pas avoir les “bons papiers”. La France demeure le pays européen qui a le plus recours à l’enfermement des personnes étrangères ! Effectivement la machine tourne à plein régime avec en 2018 pas moins de 45 851 personnes qui ont été placées en rétention. Les préfectures allant même jusqu’à multiplier les décisions illégales, enfermant des personnes sans prendre en compte leurs droits et leur situation de façon sérieuse. Ainsi l’an dernier ont été enfermés des ressortissants français, des mineurs (1 429, dont certains pris en charge par l’aide sociale à l’enfance), des personnes gravement malades, des personnes placées pour la énième fois en rétention, des personnes en situation régulière ou bien en provenance de pays où leur vie était en danger !

Quelques témoignages...

La durée maximale d’enfermement dans ces véritables prisons pour migrants vient d’être doublée début 2019, passant de 45 à 90 jours grâce à la loi bien à droite « asile immigration »... 90 jours pouvant sembler être une éternité au vu des injustices, des abus et des conditions de rétention abjectes (nourriture, accès au soin, isolement, répression physique et psychologique, vols cachés…) dans les CRA. Pour en avoir une idée, rien de plus pertinent que les quelques témoignages ci-après (Sources : abaslescra.noblogs.org)

« Hier les flics ont ramené un gars sur son lit inconscient. On a crié pour qu’il soit amené à l’hôpital. Ils nous ont dit ‘tranquille, il va aller mieux c’est rien’. Le gars il a même pas vu un médecin mais une infirmière ! D’où elle sait ? La police elle m’a dit : ‘T’es médecin ? Non alors pourquoi tu parles ? J’crois y a pas besoin d’être médecin pour voir quand quelqu’un va mal. Ici c’est ouf ce qu’il se passe. Y a un gars ils l’ont renvoyé chez lui avec un faux laisser passer ! Comment on fait s’ils font ça ? J’ai eu mon premier vol l’autre jour. J’arrive à l’aéroport et on me renvoie direct au CRA. Parce qu’y avait pas de laisser passer... Ça se voyait les keufs de la PAF (police aux frontières) ils avaient la rage… Ils m’ont ramené au CRA. Mais pourquoi ils font ça ? Ils savent très bien quand ils m’envoient là-bas ce qui se passe. C’est pour te torturer l’esprit. Je leur ai dit que ça devait pas être considéré comme un refus de vol, parce que c’est leur faute. Mais ici c’est un truc de ouf. Tous les jours il se passe des trucs… »
 
Témoignage recueilli au CRAVincennes, 25/01/19

«  D’abord je voudrais parler d’un gars qui est devant moi. Mon pote il est malade, il est cardiaque. Toute sa famille est en France, son seul problème c’est celui des papiers. Et ça c’est la préfecture qui lui refuse année après année. Aujourd’hui il a demandé à aller à l’hôpital, ils l’ont emmené, escorté et menotté. Ils se sont mis devant la porte de l’hôpital George Pompidou (Meaux). Comme un vrai terroriste. Même le médecin de l’hôpital, D., s’est plaint du traitement des policiers. Ici, l’infirmerie elle donne juste des dolipranes, ou des trucs psy. Si il rate le rdv de 14h avec son fils, le gars en face de moi il a pas son traitement. En plus le gars vient de me dire qu’on lui donne pas ses médocs, on lui donne pas les médocs prescrits par le docteur. [...] A cause des médicaments qu’ils lui ont donnés il a eu des problèmes. Mais du coup tous les jours son fils lui fait la visite et lui ramène des médocs mais l’infirmière lui donne pas… Puis pour parler de l’intérieur : ça fait deux jours que les toilettes sont bouchées. Quand je me suis plaint à la Police, on m’a dit ‘demande à tes amis d’arrêter de boucher les toilettes’. Les cellules sont crades, le ménage est pas fait tous les jours. [...] La douche c’est dégueulasse. Même la bouffe pour chien est meilleure que nous ce qu’on bouffe. Au centre de rétention, même on a pas le droit de ramener de la bouffe dans les visites, on peut pas cantiner a l’offi, on peut pas acheter du shampoing. Si tu t’es pas fait arrêter avec du shampoing bah t’es dans la merde. Ici le shampoing du CRA il sert à rien. Même mon chien je le lave pas avec. Nos vêtements ils les lavent avec de l’eau. On les met à la laverie tous ensemble. Donc si un de nous a la gale… on l’aura tous. Parce que quand nos vêtements ils nous les rendent ils sentent toujours mauvais. L’offi ils sont toujours en retard et ça finit toujours plus tôt que c’est annoncé - 16h au lieu de 18h30. Pour la cantine : normalement c’est à 7h, mais ça à jamais commencé à 7h pile y a toujours 10 ou 20m de retard. Mais 7h30 ensuite si t’as 5m de retard, on te dit ‘là c’est chaud ça va fermer, allez presse-toi et la prochaine fois tu viens à l’heure !’ Une fois le gars en face de moi il a demandé un verre d’eau pour prendre ses médocs, on lui a refusé. Une fois, mon co il a commencé à pleurer tellement il a mal (crise de foie). Ils voulaient pas l’emmener à l’hôpital. Après le départ des infirmiers, on a dû appeler les pompiers. Les pompiers au début voulaient pas trop venir ils ont proposé aux keufs de l’amener à l’hôpital. Avant de pouvoir partir il a dû gueuler, taper au mur etc.… faire tout un film pour qu’il parte. Et en plus, si on avait pas appelé les pompiers il serait jamais parti. Après, ils ont cherché à savoir qui avait appelé les pompiers. ‘Qui a appelé ? Qui a appelé ?’ On leur a dit personne, juste y a un malade, faut l’amener. Moi j’avais une tubeuse, je l’ai ramenée avec moi dès mon arrestation. Après la fouille, on m’a autorisé à la prendre avec moi. Après y a eu une fouille y a une semaine où ils ont tout retourné, tout démonté. Et là on me dit c’est interdit la tubeuse. D’où tu changes la loi en 3 semaines ? Les policiers ils disent ‘ouai ça pue ça pue’. Ils lavent pas nos vêtements, leur savon sert à rien et après ils disent on pue ? Avant la grève de la faim ils fermaient la porte à 20h. Maintenant ils re-respectent la règle. Mardi soir on a manifesté et depuis c’est à nouveau 22h comme quand je suis arrivé. Aujourd’hui ils ont ramené une meuf avec son fils de 3 mois… et son fils est malade... Ils l’ont mis en centre de rétention. Aujourd’hui je l’ai vue dans le couloir j’ai eu le cœur brisé. Je l’ai vue dans le couloir j’ai joué avec le petit… Qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle est pas humaine ? Elle est pas née en France c’est tout. Ils mettent un petit de trois mois en prison. Il va devenir quoi ? C’est sûr pas président… Y a des choses qui font mal… Ici, ils font des vols cachés… ils attachent comme des chiens… ils scotchent… j’ai vu des trucs ça choque. Je connais un gars, le 45e jour ils l’ont amené de force… cagoulé, casqué scotché de la tête aux pieds… Le copain il est grave malade… il peut pas prendre ses médocs au bled. En plus ils l’ont amené de manière illégale. Normalement il a fait sa demande d’asile pour annuler le dernier vol, normalement ils doivent attendre… Là ils ont pas attendu la réponse ils l’ont emmené quand même. Sans parler bien sûr des flics, c’est pas tous, qui essayent de nous provoquer. Toujours. Tous les jours. Y en a des sympas mais y a des groupes. Ils te mettent une étoile sur ton nom. Genre dangereux à surveiller, genre comme si t’as une fiche S. Et ça ils les emmènent de force. Le gars en face de moi, ils l’ont amené au juge menotté… il a parlé au juge menotté. C’est un père de famille… sa fille est comptable mais ici ils s’en foutent, genre il est extrêmement dangereux. Y a aucune activité, t’as le droit à rien. Il te donnent une nourriture, elle est pourrie. Et t’as pas le droit de faire sortir la nourriture. Tout reste à la cantine. Si t’as besoin de quelque chose va l’acheter mais ici tu peux rien faire rentrer. Les infirmières là je leur ai dit j’ai plus de lunettes, elle me dit ‘tu peux prendre un rdv d’ici un mois, un mois et demi’. Je portais mes lentilles quand je me suis fait arrêter… forcément je les ai pas récupérées elles sont à l’hôtel… Aujourd’hui ils nous ont ramené de la purée sèche… on l’a jetée. Tu sais qu’y a plein de religions… Nous on jette on mange rien on mange que des salades. Un plateau par personne, t’as pas le droit d’ajouter quoi que ce soit. 2 petits pains… Juste on te garde vivant… Normalement ça continue…  »
 
Témoignage recueilli au CRA de Mesnil-Amelot, 11/01/19

Pendant ce temps le capital se gave !

Les CRA sont aussi une source de profit pour les grosses entreprises. L’enfermement paie, comme le savent bien les différents acteurs qui collaborent avec les forces de répression dans les CRA tout comme lors des expulsions. On citera par exemple Bouygues ou Vinci, principaux constructeurs des CRA, mais aussi les entreprises qui assurent la nourriture, la surveillance, le transport, mais aussi les guichets qui balancent les sans-papiers, comme par exemple AirFrance. Ces entreprises sont elles aussi des rouages de la machine à expulser. Prenons maintenant l’exemple de la nouvelle loi Asile-immigration : “pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie” (le titre en dit long). Parmi les mesures adoptées, celle de la rétention administrative est allongée jusqu’à 90 jours. À cela on ajoute Macron qui annonce que plus de 400 nouvelles places seront créées pour enfermer les étranger.e.s… Vous le sentez l’engraissement des entreprises ? Le marché de l’enfermement ?

A bas les CRA ; Vive la lutte !

L’article ne pourrait plus s’arrêter en parlant de la place des CRA dans la politique, dans la société, dans les formes de néocolonialisme ; en expliquant les conséquences quotidiennes psychologiques et physiques sur ceux qui y sont passés et ceux qui n’en sont pas à l’abris ; en développant sur le traitement et les conditions de vie dans les CRA ; en relayant plus
de témoignages... mais pour conclure sur une lueur d’espoir parlons de lutte… En effet depuis quelques mois, les mouvements de résistance et de révolte dans les CRA se multiplient : partage des stratégies entre personnes enfermées, communiqués transmis à l’extérieur, grèves de la faim, tentatives de résistance collective aux expulsions, actions coordonnées entre différents bâtiments et différents CRA, manifestations simultanées entre l’extérieur et l’intérieur, émeutes, tentatives d’incendie et autres. Pour les retenu.e.s ou plutôt les détenu.e.s ce n’est pas les idées ni la détermination qui manquent. A l’extérieur aussi ça s’organise, avec des réunions régulières rassemblant des personnes qui veulent soutenir activement ces mouvements de révolte. Plusieurs parloirs sauvages ont également eu lieu depuis le début de l’année sur plusieurs CRA. Et ce combat qui s’intensifie et se développe doit continuer, en prenant en compte tous les maillons de la chaîne : la justice et la police qui main dans la main enferment et expulsent, les structures pseudo-humanitaires qui participent au tri et à l’exclusion des migrant.e.s, les entreprises qui en profitent pour faire du profit sur la souffrance des retenu.e.s et celles qui préparent l’amplification de la répression par la construction de nouveaux CRA.

Les Gueulard.e.s

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