Saint-Étienne et alentours Couac   MIGRATIONS - SANS-PAPIERS / REPRESSION - PRISON

"Beaucoup de points d’interrogation" : récit d’un migrant à Saint-Étienne

Amédée est Angolais, a 21 ans, est en bac pro mécanique et vit en France depuis 4 et demi maintenant. Il nous raconte son histoire et les difficultés rencontrées au quotidien. (NB : Le prénom a été modifié.)


Le départ d’Angola et l’arrivée à Saint-Etienne

Je suis parti de mon pays à cause des problèmes politiques. Le président angolais est au pouvoir depuis 38 ans. Là-bas, on avait pas l’égalité, on avait juste une vie de pauvre. J’avais 17 ans quand je suis parti, j’étais étudiant en mécanique. Ma famille était très pauvre, donc j’ai été recueilli par une famille d’accueil. Avec mes frères, qui étudiaient le droit, on revendiquait beaucoup contre le gouvernement. On avait souvent la visite de la police qui venait chercher des choses ou des gens et nous violenter.
Avant de partir, on a fait une grande manifestation, dans laquelle il y a eu des morts. Toutes les personnes qui y ont participé étaient en danger car elles demandaient le départ du président. On n’était plus en sécurité, on est partis d’un petit aéroport sinon on se serait fait arrêter. Ma famille d’accueil était au courant de ce départ, mais je n’ai pas de nouvelle depuis.
C’est mon grand frère qui a payé car il travaillait. Il a payé pour ma sœur, lui et moi. On a pris l’avion et à l’arrivée à Paris, quelqu’un devait nous récupérer pour aller à Londres, on avait payé 1000€ par personne pour qu’il nous fournisse tous les documents nécessaires, mais on ne l’a pas trouvé. C’est là que j’ai perdu mon frère adoptif, que j’appelle mon grand frère. On s’est trompé de train et on n’est pas monté dans le même wagon. Je me suis retrouvé tout seul à Saint-Étienne à cause des correspondances. Sans papiers, sans bagage, sans rien. A ce moment je ne parlais pas du tout le français, j’avais une seule tenue, j’étais un peu perdu.
Les policiers m’ont emmené et m’ont demandé mes documents. Je leur ai dit que j’avais rien mais ils me demandaient si je n’avais pas de moyen pour leur en montrer. Le problème c’est que j’avais un interprète brésilien et le portugais brésilien est très éloigné du portugais angolais. Ensuite, le Conseil Général m’a pris en charge dans un premier temps. Je suis resté 4 mois à l’hôtel en face de la gare. Puis, je suis allé deux semaines à Firminy et je suis arrivé au foyer à Bellevue. Là, on m’a dit que je devais faire une demande d’asile. Mais moi je ne connaissais rien de tout ça, je n’avais même pas de cours de français. Ensuite, j’ai passé des tests écrits à la mission locale. J’ai eu de bons résultats, j’avais le niveau pour intégrer une classe de seconde en lycée. Mais ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de place en lycée professionnel, alors ils m’ont orienté vers une école de production en mécanique. J’y ai passé deux ans. Cela ressemblait à l’esclavagisme moderne, on était payés 60€ par mois alors qu’on passait énormément de temps dans l’atelier. Je suis resté car j’apprenais pas mal de choses quand même.

Les démarches et la situation actuelle

Six mois après mon arrivée au foyer, je suis allé à la Préfecture. Je leur ai expliqué mon histoire avec un interprète et un juriste. On m’a dit qu’il fallait suivre la procédure, passer devant un tribunal. Moi j’ai dit : « J’ai fui mon pays parce que j’avais des problèmes et je vais encore passer devant un tribunal ? Non, le tribunal ce n’est pas bon pour moi ! » Alors on m’a expliqué que ces tribunaux-là ce n’était pas pour t’emprisonner mais pour avoir des documents. J’y suis passé une première fois, on m’a dit que les mineurs ne pouvaient pas faire de demande d’asile. Je leur ai répondu que je ne savais pas, qu’on m’avait dit que c’était ce qu’il fallait que je fasse. Je leur ai expliqué qu’au départ je ne comptais pas rester en France. On m’a demandé d’expliquer mon histoire dans les moindres détails, de parler notamment de la situation de ma famille. Je leur ai tout dit. Quelque temps après, on m’a dit que ma demande avait été rejetée car je n’avais pas assez bien expliqué mon parcours. J’ai posé un recours contre cette décision. On m’a convoqué pour mon recours et on m’a à nouveau demandé : « Pourquoi tu fais une demande d’asile ? ». J’ai une fois de plus tout expliqué, que c’est le foyer où je logeais qui m’avait dit de faire ça. Mon recours a été également rejeté. Je commençais vraiment à être fatigué, usé de tout ça. Je me posais plein de questions sur mon existence, je n’avais plus du tout d’aide financière. Je me suis ensuite retrouvé pris en charge par une association dans un petit village pas loin de Saint-Étienne, la Préfecture ayant demandé à ce que les réfugié-e-s ne soient plus en centre-ville. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles, on m’a fait comprendre que j’étais perçu comme un danger. J’ai expliqué que je ne faisais rien : je ne vole pas, je ne fraude pas. Depuis, j’attends toujours.
Ça me fatigue beaucoup. Des fois, je n’arrive pas à dormir et je me demande ce que je fais là, à ce moment. Je suis hébergé chez des particuliers pour l’instant et la première chose qui me pose question c’est, s’ils s’en vont, où je vais dormir ? J’habite avec beaucoup de précautions.
J’ai la force pour travailler mais on ne me donne pas ce droit, comment je vais faire pour me nourrir ? Si je fais des études toute ma vie, je ne vais pas pouvoir cotiser pour rendre aux personnes qui ont payé leurs impôts. Ce sont elles qui ont payé mes études, il faut que je le rende à leurs enfants. Mes amis ne sont pas d’accord avec moi, mais je leur dis que je ne veux pas payer mes impôts en Angola, mais en France. C’est ce pays qui m’a instruit.

La « légitimité » et l’avenir

Pour moi, que tu fuies ou non la guerre, il faut t’accueillir. Qui est-on pour juger de la légitimité d’une migration ? La France est multiculturelle, on s’enrichit avec la diversité. Moi je dis que si nous venons en France, c’est à cause des Français, ce sont eux qui dirigent en Afrique. Les États-Unis et les autres grandes puissances placent des dictateurs à la tête de nos pays pour pouvoir accéder aux matières premières sur le continent africain. Je veux bien que l’on me refuse sur le territoire français, mais alors il ne faut pas que les Françai-se-s puissent venir en Angola pour prendre nos matières premières.
Comme c’est déjà très fatiguant, je vois beaucoup de points d’interrogation dans mon avenir. Je ne sais pas ce que je vais avoir, où je vais aller. Mon premier objectif c’est de rester ici et si j’en ai les moyens, d’aller voir ma mère, car elle m’a quitté lorsque j’avais 2 ans. Je voudrais juste savoir si elle est vivante et lui dire merci de m’avoir mis au monde, c’est la seule bonne chose qu’elle ait faite pour moi. Ici, les gens sont très proches de leur famille et moi ça me gonfle. Quand j’entends « Je vais aller chez ma mère », moi je dis où je vais aller ?


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Le lundi 9 octobre 2017 aura lieu son procès en appel à la Cour d’appel de Lyon :
appel à se rassembler pour le soutenir et à une soirée de soutien à la caisse de solidarité




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