Saint-Étienne et alentours Couac   ARMEMENT

On n’a plus faim

Les dossiers Couac
Voilà déjà trois mois que les réjouissances de la coupe d’Europe de l’UEFA 2016 sont passées, pourtant le banquet pèse toujours sur l’estomac.


Parmi les aigreurs et relents fétides, on compte le dispositif sécuritaire mis en place pour encadrer la fan zone et divers événements rythmés par les matchs, qui peinent à se transformer en selles. Mais aussi une gaillardise d’un autre genre : l’exposition Sainté Créativity (sic) qui a eu lieu du 11 juin au 10 juillet Place de l‘Hôtel de Ville. Son objectif était d’offrir généreusement en dégustation des produits emblématiques d’entreprises locales censés rassasier les ventres vides de fierté stéphanoise. Le tout présenté derrière des vitres à l’intérieur de caissons en métal (des algecos) agencés en colonie mycologique. Sur le même plateau, on nous présentait une sorte de victuailles différentes des produits industriels, celles réalisées par trente artistes locaux : des œuvres disposées dans des boxs consacrés à l’art, un « musée urbain éphémère » (le MUE). Ainsi produits et œuvres pouvaient se côtoyer dans un échange réjouissant d’enzymes digestives. Un métabolisme chapeauté et financé par le catalyseur Saint-Étienne Métropole. Le choix des entreprises et la scénographie des produits, d’une part, celui des artistes et des œuvres d’autre part revenaient à deux commissaires distincts, pourtant le « dispositif de monstration » (des containers) était le même : deux chefs en cuisine pour un unique service. Mais là n’est pas l’indisposition en question ici.

Mêlé à nos remontées acides, un coagulum particulièrement gênant émerge : un fusil de chasse et un Flash-ball super pro 2, fabriqués par l‘entreprise locale Verney-Carron à laquelle est accordé un Algeco exclusif. Le même Flash-ball que l’entreprise vend en grande partie aux forces de l’ordre de différents pays pour apporter « une réponse adéquate à la gestion démocratique des foules » dixit le cartel explicatif présent sous la vitrine — une réponse globale à létalité atténuée. Suspendus là comme en lévitation, ces produits locaux pour le moins épiques étaient prêts à réjouir les amateurs de sensations fortes et fétichistes du calibre, pourvu que les réalités corporelles des indécents dégâts causés par ces armes ne soient pas montrées. On nous montrait le repas sans les excréments associés.

Au vu de l’apparente indifférence des organisateurs et des participants, tout aurait pu glisser parfaitement si des borborygmes ne s‘étaient pas faits de plus en plus bruyants. Une indigestion plus contagieuse que prévu : dès les premiers jours d’exposition, l’énormité symbolique que représente l’exhibition fière de ces armes choque plus d’un flâneur, même une collaboratrice du maire s’en offusque. De fait, rien de mieux pour surfer sur la vague que d’exposer une arme qui, mise entre les mains des forces de l’ordre, a causé blessures graves et éborgnements sur des dizaines de personnes dans les manifestations contre la loi Travail de ce printemps. Aussitôt, une pétition en ligne est lancée demandant le retrait de cette arme de sa présentation au public. Le Flash-ball et le fusil seront retirés 5 jours après leur exposition et remplacés par d’alléchantes photos de fusil de chasse finement gravés de fioritures à l’anglaise. Entre-temps, une brume assombrissante s’était immiscée au-dessus du mini village de la créativité, à l’odeur d’une prise de conscience tardive. Puis le présage du discrédit s’était suivi d’une voltige de patate chaude : la responsabilité de l’exposition des armes ne revenait à personne, et celle du retrait à tout le monde.

Le journal le Progrès, qui s’y connaît en matière de gâchis alimentaire (et qui aime poser sa tête sur le ventre de la mairie pour en traduire les gargouillis) relate à l’inverse une clarté plus évidente dans un article intitulé : En marge de l’Euro, des armes jugées malvenues [1]. Il commence ainsi : « certains se sont émus de voir ces objets exposés », et poursuit par une phrase conditionnée sous vide, extraite des paroles de l’initiatrice de la pétition : « alors qu’il y a eu une tuerie de masse aux États-Unis et que le Flash-ball n’est pas toujours utilisé à bon escient dans les manifestations contre la loi Travail ». D’ailleurs, sa pétition aurait obtenu une dizaine de signatures selon le Progrès, alors qu’elle en a obtenu 74. Chiffres à part, on comprend plus tard la stratégie d’optimisation de l’espace rédactionnel. Laisser une place pour le dessert, pour une réponse « vraie » venant d’un adulte responsable qui ne s’embarrasse pas d’émotions (les tripes, ça se mange, c’est tout), l’adjoint du maire délégué à la Sécurité qui démêle le nœud gastrique :

Au vu des incidents qui ont eu lieu ce week-end à Marseille entre supporters, on a préféré ne pas laisser ces armes accessibles au public.
Même si elles ne pouvaient pas servir, on a préféré les retirer et les remplacer par des photos.

Peut-être l’annonce d’une prochaine collaboration entre commissaires d’exposition et de police... Quant à la pétition, il dit « comprendre que des gens puissent s’émouvoir de la présence de ces armes ». Et au Progrès de presque conclure : « Bref, tout le monde est content ». Le problème c’est qu’

A la mi-octobre, un nouveau journal pour décrypter l’actualité politique à Saint Étienne et sa région a vu le jour. Un gros dossier sur l’armement dans la région compose le cœur de ce premier numéro. Il y aussi un retour sur l’euro 2016, des brèves sur les personnages de notre région, de beaux dessins...
Vous pouvez trouvez le reste des articles, dans la version papier dans tous les lieux chouettes de Sainté.


modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Dans la même thématique...

Saint-Étienne et alentours   ARMEMENT

Retour sur le forum pour le désarmement de la police et la démilitarisation des conflits

Ce n’est pas un hasard, si ce week-end, se sont rassemblés aussi bien des individus que des collectifs : collectifs de blessés par les armes de la police, des collectifs de soutien aux victimes de violences et meurtres policiers, des militants des mouvements sociaux (syndiqués ou non), des sociologues, des associations soutenant la cause palestinienne, des membres de l’observatoire de l’industrie ,de la défense et de l’armement international…




Saint-Étienne et alentours   ARMEMENT

FAMAS’tival : une parade colorée sous pression

Le "Forum pour le désarmement de la police et la démilitarisation des conflits" appelait, samedi 22 octobre 2016 à un FAMAS’tival. Une déambulation carnavalesque pour dénoncer la politique guerrière coloniale de la France et la répression des « indésirables » par les forces du maintien de l’ordre.




Saint-Étienne et alentours   ARMEMENT

Communiqué suite à l’interdiction par la préfecture du FAMAS’tival

Forum pour le désarmement des polices et la démilitarisation des conflits.
Depuis plusieurs mois, nous préparons un week end de rencontres autour de l’armement.
Des collectifs, des organisations politiques, des individu’es, se coordonnent pour que les 22 et 23 octobre se déroulent à Saint Etienne ces rencontres.




Saint-Étienne et alentours   ARMEMENT

FAMAS’tival : manifestation interdite par la préfécture et campagne de diffamation

Les organisateurs et les organisatrices du "Forum pour le désarmement de la Police et la démilitarisation des conflits" sont la cible d’une campagne de provocation à la violence depuis plusieurs jours et se sont vus interdire la manifestation prévue cette après-midi.
Un appel à rassemblement est maintenu.




Saint-Étienne et alentours Couac   ARMEMENT / MEDIAS

Verney-Carron, artisan de notre sécurité

Les dossier Couac
À Saint-Étienne, ancien bastion de l’industrie de l’armement, l’entreprise Verney-Carron est une des seules survivantes de la longue tradition armurière de la ville. Petit tour d’horizon du passé et du présent de cette boite aux visées humanistes et bienfaisantes…




Saint-Étienne et alentours Couac   ARMEMENT / MEDIAS

Une ville d’armes et d’histoire

Les dossiers Couac
Saint-Étienne a une sacrée histoire, une histoire multiple, des histoires rouges, noires, jaunes, vertes... Mais ici, on va surtout s’intéresser à celle de l’armement, thématique oblige.
Tout commence, on ne sait trop quand, cela diffère selon les sources. Les plus optimistes parlent de traces de forges à l’époque de Jules César, d’autres, peut-être plus sérieux (le Musée d’Art et d’Industrie), annoncent le XIVe siècle pour les premières traces d’armuriers à Saint-Étienne.




Saint-Étienne et alentours   ARMEMENT

FAMAS’tival

Dans le cadre du forum pour désarmer la police
Les 22 et 23 octobre prochain se tiendra à Saint Etienne un "Forum pour le désarmement des polices et démilitarisation des conflits". Deux jours d’ateliers, de discussions, de concert et... de carnaval !




Saint-Étienne et alentours   ARMEMENT / MOBILISATIONS - LUTTES

Désarmons la police, démilitarisons les conflits !

Les 22 et 23 octobre 2016
Rassemblons-nous contre les violences et les armes de la police !
Parade de rue, discussions, ateliers, concerts...




Opinions   ARMEMENT / GENRES - FEMINISME

De l’indécence de la "solidarité nationale" sur Facebook

Texte d’une Féministe Antifa
C’est l’État Français qui fabrique et vend les armes que les terroristes finissent par pointer sur les populations civiles...




National   ARMEMENT / CONSOMMATION - GLOBALISATION

Objection de ConScience : les cobayes prennent la parole, du 23 au 29 octobre 2004 à Grenoble

Face aux Etats Généraux de la Recherche-Armée-Industrie
C’est à Grenoble, mère de toutes les technopoles, qu’ont lieu les "Etats Généraux de la Recherche" les 28 et 29 octobre 2004. Véritable célébration de la liaison recherche-armée-industrie avec la bénédiction conjointe de l’Etat et des entreprises. Contre cette "recherche & développement" à but lucratif et à effets mortifères éclatent de multiples révoltes d’opinion (Tchernobyl, amiante, OGM, "vache folle", sang contaminé, pesticides, AZF, etc), qui remontent rarement à la racine des catastrophes. Quelle société produit cette science-là ? Quel monde ces techno-sciences produisent-elles ? Sans avoir toutes les réponses, nous présentons quelques objections au cours d’une semaine de débats, projections, visites, expositions, etc.




A la une...

MOBILISATIONS - LUTTES
[Brochure - Zine] À l’intersection avec l’A45 #1  

Sortie il y a quelques jours, et diffusé notamment durant la marche voici intersection n°1, cette brochure compile plusieurs textes contre l’A45 :
- 1001 raisons de marcher pour que ça ne marche pas
- Le soleil à l’ombre de l’A45
- Contre l’A45 et la nouvelle prison, refusons les projets d’un monde plein de barreaux !
- Contre l’extension de la carrière de St Julien, mais pas seulement
- A45 qui fait quoi ?


EXPRESSION - CONTRE-CULTURE
Rock against police, feuilleton radiophonique sur le 89.5  

Chaque lundi, à 12h et 19h, retrouve les six docus "Rock Against Police" sur le 89.5 : des lascars s’organisent ! : à la fin des années 70, dans un contexte de crise économique et de chômage, les expulsions de jeunes immigrés et les meurtres en banlieue, qu’ils soient commis par des flics ou des beaufs, se multiplient. Un réseau informel se constitue pour réagir en organisant une série de concerts Rock Against Police au beau milieu des cités. De 1980 à 1983, l’initiative fait tâche d’huile. Plusieurs concerts sont organisés en région parisienne, puis dans le reste de la France.


MOBILISATIONS - LUTTES
Marche contre l’A45 : le récit jour par jour  

Du 27 juin au 4 juillet, nous avons marché contre l’A45 de Saint-Étienne à Lyon. Avec lenteur et détermination, à la rencontre des habitant-es concerné-es par le tracé, en croisant les vécus, les ressentis et les avis sur ce projet. En passant par le grand rassemblement des opposant-es à St Maurice sur Dargoire, qui fut un succès. Nous avons marché aussi pour apporter notre voix, une des voix qui s’élèvent contre cette autoroute et son monde. Cette marche porte en germes notre résistance commune, qui fleurira à l’avenir. On ne lâchera rien !


EXPRESSION - CONTRE-CULTURE
Faîtes du libre  

Des concerts, des ateliers pour apprendre et bricoler ensemble, du codage à la portée de chacune, des médias qui racontent des trucs qu’on n’entendra pas ailleurs, des échanges sur l’autonomie, des lieux et des collectifs qui se rencontrent...
Du 5 au 9 juillet à Sainté
Tout le programme est prix libre


REPRESSION - PRISON
Emission Papillon du jeudi 15 juin 2017  

- Présentation du livre Ca ne valait pas la peine mais ça valait le coup, 26 lettres contre la prison par Hafed Benotman (édition du Bout de la Ville), co-fondateur de l’Envolée, disparut en 2015.
- Présentation de l’Envolée n°46
- Compte rendu du procès en appel de Romain, pour la mutinerie de Valence


REPRESSION - PRISON
Comment se renforcer face à la police et à la justice ?  

Suite à un premier rendez vous en mai, voici un deuxième moment de discussion et d’échanges. Lors de mouvements de contestations, au cours de luttes auxquelles nous pouvons participer, ou dans notre vie de tous les jours, nous pouvons être confronté-es aux flics, et à la justice.
Mardi 20 juin 2017 de 19h00 à 21h30
Rdv sur le quai de la gare du clapier


CONSOMMATION - GLOBALISATION
Banalités de base n°1  

Une première série de 100 aphorismes dialoguant avec des images afin d’établir une critique de l’Empire-marchand et un certain rapport au monde


RESISTANCES ET SOLIDARITES INTERNATIONALES
Tournée sur la situation au Vénézuela, en soutien au portail Contrapoder, La Libertaria et Indymedia Venezuela.  

Une tournée en France, de juin à septembre, pour présenter des vidéos et débats sur l’Arco Minero del Orinoco du Vénézuela (plan de minerie gouvernemental), et collecter des fonds pour acheter un serveur et un vieux ciné dans les Andes Vénézuelienne pour créer l’ Ateneo Museo Autonomo “La Libertaria”.
En recherche de dates


GENRES - FEMINISME
Soutenons le Festival afroféministe NYANSAPO !  

Soutenons la tenue du festival NYANSAPO, festival afroféministe militant à l’échelle européenne, du 28 au 30 juillet 2017 à Paris. C’est le collectif Mwasi qui organise et accueille cette première édition. C’est sans compter sur les tentatives de sabotage du festival, taxé de "communautariste" puisque proposant des espaces non-mixtes.


REPRESSION - PRISON
Ils sont en train de tuer Fabrice Boromée  

L’administration pénitentiaire veut éliminer Fabrice Boromée alors qu’il ne fait que demander un transfert en Guadeloupe pour être rapproché des siens.
Comme plus de 500 prisonniers originaires des DOM-TOM, Fabrice Boromée purge une peine en métropole, loin de ses proches. Il réclame son transfert en Guadeloupe depuis 2011.


MOBILISATIONS - LUTTES
Interdit(e)s de manif, unissons-nous !  

Ici nous voudrions attirer l’attention sur les interdictions de manifester, et comment y résister. Apparues dans ce mouvement à la mi-mai (à Paris pour onze personnes, à Nantes pour huit personnes et à Rennes pour une personne) les interdictions de manif sont, en réalité, des interdictions de séjour sur une zone donnée pendant une période donnée. En clair, on interdit de se rendre sur le parcours d’une manif le jour où elle a lieu.