Saint-Étienne et alentours Le Gueuloir   EDUCATION - PARTAGE DES SAVOIRS / MOBILISATIONS - LUTTES

#Revanche lycéenne : réforme Blanquer, quand la dystopie rejoint la réalité




Parce que les lycéen.nes ont raison de se révolter... Une trêve avant la reprise ?
Ils étaient nombreux.euses ces dernières semaines, lycéen.nes à bloquer, à se retrouver dans la rue, à manifester. À Saint-Étienne comme ailleurs en France, la réponse de l’État a été simple et claire : pression policière, violences, gardes à vue et tribunaux... On a rarement vu une volonté de tuer dans l’œuf un mouvement de protestation avec un tel acharnement. La violence de la réponse policière nous a presque fait oublier les raisons pour lesquelles les lycéen.nes se mobilisent. Nous publions donc ici un article du Gueuloir - journal stéphanois écrit par des lycéen.nes et étudiant.es - qui revient sur le projet de loi Blanquer, suivi d’un article du collectif de professeur.es d’Histoire-géo « Aggiornamento » qui analyse les futurs programmes scolaires qui selon elleux ont pour optique d’ « ingurgiter, trier et exclure »...


RÉFORME BLANQUER, QUAND LA DYSTOPIE REJOINT LA RÉALITÉ

Vous en avez sûrement entendu parler, le ministre de l’éducation Michel Blanquer est en train d’amorcer une grosse transformation du système éducatif. Comme Madame Vidal, il compte aller plus loin dans la logique méritocratique en promouvant « la culture de l’évaluation ». Mais en quoi consiste précisément cette nouvelle réforme éducative qui touche à la fois la maternelle, l’enseignement primaire et secondaire ? C’est ce que nous allons voir à travers de dossier.

Galères en secondaire

On vous a assez parlé de la réforme du Bac par le biais de la plateforme Parcoursup, en revanche on a très peu discuté des transformations du système d’évaluation qui permet d’obtenir le diplôme du Bac et des changements que vont connaître les lycéens dans les années à venir.

Évaluations en course de fond

En 2021, les élèves entrant cette année en seconde seront les premiers à passer les nouvelles épreuves du Bac. Au programme : quatre épreuves écrites terminales au lieu de sept et un grand oral d’une durée de 20 minutes qui se dérouleront fin juin. Génial vous me direz, ça fera moins de choses à apprendre ! Oui mais non, car ces épreuves ne représenteront que 60% de la moyenne du Bac, 30 % proviendront de partiels semestriels qui auront lieu en première et en terminale et 10% découleront des notes des deux dernières années de lycée !
Donc au lieu de courir un sprint en fin d’année, les élèves auront à faire une course de fond sur deux ans. Est-ce mieux ? Pas sûr si l’on regarde ce qui se passe dans les lycées professionnels et agricoles. Là-bas, les élèves expérimentent déjà les contrôles en cours de formation (CCF). Ces contrôles récurrents sont largement critiqués par les enseignants et les élèves car ils entraînent : une importante charge de travail pour les enseignants, des inégalités, des temps d’enseignement extrêmement courts, etc. En outre, on peut noter que les 10% de la moyenne du bac en provenance des résultats scolaires risque de pénaliser une partie des élèves. Si tu as eu la malchance d’avoir une prof raciste qui t’as foutu des bâches toute l’année, désormais c’est mal barré !

Un lycée « à la carte »

La grande nouveauté de cette réforme c’est la suppression des filières ! Enfin suppression, c’est un bien grand mot. En réalité de trois filières on en passe à des milliers, par la construction d’un système de modules, ressemblant à celui qu’on trouve à l’université. Les lycéens vont ainsi se retrouver avec des matières « majeures », « mineures » et quelques options. Seulement ils ne pourront pas combiner ce qu’ils voudront n’importe comment ! Les couples de matières majeures sont encadrés, ils ne pourront donc pas choisir, par exemple, à la fois lettres et mathématiques, les premières seront associées aux langues, tandis que les secondes seront couplées à la physique. Après, certaines matières pourront être prises en « mineure », mais là encore, bien qu’il n’y ait pas « mariage obligé », les élèves ne pourront pas forcément choisir la “doublette“ qu’ils souhaiteront. Ainsi cette réforme démultiplie les parcours sans les individualiser complètement et conduit à une spécialisation accrue des élèves. On en raffole déjà.

Individualisation et destructuration

Avec cette réforme, les élèves vont devenir les auto-entrepreneurs de leur scolarité. Ils vont être obligés de choisir stratégiquement leur parcours dès la seconde, sachant que leurs choix en matière de matière majeure, mineure, option et activité extra-scolaire seront examinés avec le même soin que leurs résultats tout au long de leur parcours. Ils sont ainsi rendus responsables individuellement de leurs choix, de leurs parcours, de leurs réussites et de leurs échecs. Une pression difficile lorsqu’on a que 15 ou 16 ans !
Le syndicat Sud Éducation a souligné le danger que fait peser cette réforme sur le bien être des lycéens. Le « cadre » ne sera plus le même, la « classe » n’existera plus en tant que telle car chaque élève aura des matières et des horaires différents. En parallèle, les profs n’auront pas les mêmes têtes à chaque cours, comme ce qui se fait à la fac, si bien que la possibilité même d’une équipe pédagogique sera remise en question ! Ainsi les élèves se retrouveront plongés dans un système dépourvu de structure collective, perdant brutalement les repères qu’ils avaient acquis au collège.

Une loi contre les inégalités ?

M. Blanquer a présenté cette loi comme une manière de pallier les inégalités, tout en redonnant une vraie valeur au Bac. Or, ce qu’ont constaté de nombreux syndicats c’est que la suppression des filières n’allait pas supprimer les inégalités de parcours, bien au contraire ! La modularité va permettre d’affiner des stratégies de différenciation sociale. Cela veut dire que des élèves dont le milieu socio-culturel le permettra sauront choisir les parcours les plus valorisants ou se payer les conseils nécessaires pour correctement s’orienter.
Et oui, depuis l’annonce de cette réforme les boites privées se frottent les mains ! Elles ont commencé à proposer un accompagnement à l’orientation à des coûts faramineux. On assiste ainsi à un renforcement des inégalités, les élèves issues des milieux socioculturels les plus favorisés arrivant plus facilement à choisir les parcours qui leur offriront le plus de choix après le bac, ou qui leur permettront simplement d’accéder aux universités les plus prestigieuses.
En outre, le Bac avec cette réforme se retrouve vidé de sa substance. Si chaque élève a un curriculum personnel de modules acquis avec plus ou moins de réussite, le BAC ne jouera donc plus aucun rôle dans la poursuite des études. Les employeurs/professeurs se contenteront de regarder les parcours des candidats. Autant pour la revalorisation du Bac !

La nouvelle “casualisation“ de l’enseignement

À côté de ça on assiste au même phénomène qu’à l’université, à savoir le développement de ce que les américains appellent la casualisation. Qu’est-ce que c’est que ça veut dire ? Et bien pour reprendre l’explication qu’un prof de socio m’a délivré il y a deux ans, la casualisation c’est une sorte d’« aléatisation » du travail, cela correspond au recours à une main d’œuvre ponctuelle pour la réalisation de tâches précises. Par exemple, le recours à l’intérim et au CDD à la place du CDI, ou l’emploi de profs vacataires plutôt que de titulaires. Il va de soi que cette main d’œuvre “casualisée“ est une main d’œuvre précaire et bon marché, allégrement exploitée.
Comment cette casualisation va se traduire dans les lycées ? Et bien M.Blanquer compte supprimer 2600 postes dans le secondaire et favoriser l’embauche de surveillants à la place des enseignants. Il s’agit d’une procédure qui existe depuis 2013, seulement jusqu’à présent il n’était possible de recruter que des assistants d’éducation (AED’s) qui en étaient à leur quatrième année d’étude. Désormais il leur suffira de n’en avoir effectué que deux. Autant pour l’accompagnement des élèves !
Mais pas de panique ! M. Blanquer en grand maître pédagogue a dit que plonger plus tôt les AED’s dans le grand bain leur permettra d’être mieux préparés. C’est sûr que pour être préparé, l’apprentissage et la formation c’est très surfait, il vaut mieux être directement jeté dans la fosse aux lions. Rien de tel pour encourager les futurs profs et AED’s de demain !
Bref, individualisation, responsabilisation, compétition, déstructuration, exploitation... Voilà encore une belle réforme pour l’éducation ! Pour un ministre qui n’était censé en faire aucune, on peut dire qu’il a fait fort ! Dommage, pour le secondaire.


Branle-bas de combat en maternelle !

L’école maternelle est sûrement le point qui fait le plus grincer des dents le Conseil Supérieur de l’Éducation (CSE). Entre l’école obligatoire à partir de 3 ans et la mise en place de tests nationaux dès le CP, il y a pas mal de raisons pour gueuler !

Assignation scolaire et tests à gogo

« Désormais il ne sera plus possible de laisser les enfants à l’école uniquement le matin ou de les garder à la maison lorsqu’ils sont fatigués. Et toute absence devra être justifiée notamment lorsqu’elle s’étend sur plusieurs jours. Le code de l’éducation prévoit des sanctions et des amendes en cas d’absentéisme qui pourra donc s’appliquer dorénavant aux enfants de maternelle » [1]
Désormais les gamins seront assignés aux bancs de l’école sous peine d’être sanctionnés ! Et pourquoi ? Parce que M.Blanquer pense que pour résoudre les inégalités la solution réside dans l’apprentissage obligatoire de « fondamentaux », dont manque cruellement les gamins d’aujourd’hui (et c’est sûr que là où il est, monsieur est le plus à même d’en juger).
Il souhaite donc fixer des « repères de progression annuels en français et en maths » [2] dès la maternelle. C’est à dire qu’il veut faire passer des tests d’évaluation standardisés aux élèves tout au long de leur scolarité et en particulier dans les premières années de l’enseignement primaires. Ces tests auront plus précisément lieu en CP, en CE1, en 6e et en début de 2de.
On peut s’interroger sur la pertinence de tels tests, surtout de ceux début CP, sachant que toutes les études scientifiques montrent que les enfants de moins de six ans n’ont pas les aptitudes cognitives nécessaires pour pouvoir apprendre des cours. Lors des Assises de l’école maternelle, le neuropsychologue Francis Eustache a en effet démontré que c’était seulement à partir de six ans que les enfants pouvaient développer une mémoire épisodique nécessaire à tout apprentissage (voir l’article de Médiapart cité plus haut).
De plus, on peut se demander quels seront les critères retenus pour évaluer les acquis des gamins de maternelle, le fait de participer ou non aux activités de groupe ? Le fait de vouloir lire ou de rechigner à la tâche ? Et plus important encore, qu’adviendra-t-il de ceux qui ne rentreront pas dans ces critères ?
M. Blanquer a déclaré que les résultats de ces évaluations seraient collectés au niveau national. Le danger pointé par un collectif d’universitaires, d’enseignants et de spécialistes des sciences de l’éducation est donc que chaque élève subisse désormais « un fichage systématique à destination du système d’orientation et des employeurs », chacun d’eux étant « traçable » grâce à un identifiant 3. Les élèves risquent donc d’être évalués, classés et répertoriés dès le plus jeune âge, ceux qui échoueront étant renvoyés dans des voies de garage dont ils ne pourront plus sortir, tout ça en se basant juste sur des critères d’évaluation abstraits et très critiquables ! De la simple réforme à la dérive dystopique, il n’y a donc qu’un pas...
Quand on sait que la Suède et la Finlande, réputés pour la qualité et l’efficacité de leur système d’enseignement, ont depuis longtemps reculé l’âge de l’école obligatoire à 7 ans, on peut se poser des questions sur les compétences de monsieur le ministre en matière de pédagogie et d’éducation.

Une loi discriminatoire et moralisatrice

Monsieur le président a présenté cette réforme comme un moyen de lutter contre les inégalités et les déterminismes sociaux. Amusants lorsqu’on voit à quel déterminisme scolaire cette réforme risque de conduire... Quoi qu’il en soit, pour résoudre ce problème M.Blanquer a préconisé de « renforcer les compétences » des enseignants et de renforcer le rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants, en les incitants par exemple à « lire à voix haute des histoires à leurs enfants pour renforcer leur vocabulaire ».
Si de prime abord ça peut sembler une bonne idée, il faut néanmoins relever qu’il s’agit là d’un discours culpabilisant et stigmatisant. Le gouvernement a en effet insisté principalement sur les difficultés langagières des élèves défavorisés, s’appuyant pour cela sur une étude étatsunienne très controversée intitulée The Early Catastrophe. Cette étude déclarait dans ses conclusions qu’il existait des différences de langages significatives entre enfants riches et pauvres, or les résultats de cette étude ont été contredits par des chercheurs en sciences de l’éducation en 2009.
« l’enquête présente une vision simplifiée de la langue et conduit principalement à blâmer les pauvres » [4] En effet, la richesse de la langue ne saurait être mesurée uniquement en nombre de mots ! Cette étude ne prend pas en compte la pluralité linguistique qui existe notamment dans les quartiers populaires où résident des populations d’origine étrangère. Pour ces populations, le fait de ne pas connaître plein de mots de français, ne signifient pas que leur vocabulaire est appauvri, bien au contraire ! Celui-ci est souvent beaucoup plus riche de par sa diversité.
En outre, mettre en place des mesures visant à renforcer le rôle des parents, en évoquant le manque de sécurité affective dans les milieux modestes, est parfaitement dégueulasse. Il n’y a aucune étude qui puisse corroborer cette affirmation et les parents de milieux populaires n’ont pas besoin de plus de cours de parentalité que les autres. Si problèmes il y a, cela découle avant tout de problèmes économiques qui empêchent les parents d’offrir à leurs enfants un cadre d’étude favorable. Mais bien sûr ça, le gouvernement s’en fiche ! C’est plus simple de culpabiliser tout le monde, plutôt que de s’attaquer au véritable nœud du problème.
Ainsi monsieur le ministre a accompli un prodige ! Alors qu’il se targuait de mettre en place « l’école de la confiance », il a réussi à se mettre à dos absolument tout le monde. Culpabilisation des parents et des enseignants, évaluation et classement des enfants dès la fin de la maternelle, avec assignation aux cours sous peine de se faire sanctionner voire d’être signalé « aux autorités académiques » [5], il n’y a pas à dire ça fiche des frissons. Mais attendez le meilleur est à venir, car la transformation de l’éducation amorcée par M.Blanquer va encore plus loin...

Une mainmise sur l’éducation : vers un Ministère de la Vérité ?

Fini l’indépendance ! On dirait un canular mais il n’en n’est rien, le ministère de l’éducation est actuellement en train de faire main basse sur des institutions de contrôle qui jusqu’à présent étaient dévolues à jouer ses garde-fous. Il y en a deux : le Conseil supérieur des programmes (CSP), chargé d’élaborer les programmes scolaires du secondaire et le Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO), chargée d’évaluer l’efficacité des politiques du ministère.
Le CSP tout d’abord, est en train de faire scandale à cause de ses nouveaux programmes. Il faut savoir que ce conseil a vu ses experts se faire progressivement évincer pour être remplacés par des individus partageant la volonté de M.Blanquer d’opérer un retour aux “fondamentaux“ au sein de l’éducation. Et quels fondamentaux ! Le Snes (syndicat des profs du second degré) a pu jeter un œil sur les nouveaux programmes du CSP et ce qu’il a vu n’est pas très joli : apparemment ceux-ci font la part belle au récit chronologique au détriment de « l’histoire sociale » et surtout mettent en avant une histoire très « européo-centrée », en supprimant « l’histoire de l’immigration des programmes » [6]. Tiens tiens, les fameux « fondamentaux » de M.Blanquer n’auraient-ils pas un relent de nationalisme ?
Mais outre la mainmise sur la conception des programmes, M.Blanquer a réussi un tour de passe-passe extraordinaire : il a démantelé le CNESCO, une instance chargée d’évaluer l’efficacité de ses réformes éducatives, pour en faire un instrument de surveillance au service du ministère ! Le CNESCO 2.0 verra désormais 80 % de ses membres nommés par le ministère et aura pour mission de surveiller la bonne application des programmes par les établissements scolaires !
M.Blanquer est donc en passe de mettre complètement l’éducation sous tutelle. D’ailleurs, le contrôle exercé par le ministère ne se fera pas que sur le CNESCO, mais également dans les écoles de formation de professeurs (voir cet article de La Dépêche [7]). Le contrôle de l’enseignement se fait déjà actuellement par d’autres biais. Dans certains lycées, des professeurs se sont vus arbitrairement retirés des charges d’enseignements désirées, suite à leur engagement dans les mobilisations de l’an passé 8.
Il n’y a pas à dire, cette réforme est tout sauf rassurante ! D’ailleurs le Conseil Supérieur de l’Éducation, à qui le gouvernement avait présenté cette loi à titre consultatif, l’a rejeté à l’unanimité. Le gouvernement va-t-il en tenir compte ? On peut largement en douter vu l’ardeur et le zèle dont font preuve M.Blanquer et ses collègues pour tout réformer.
Le gouvernement est en train d’initier un grand bouleversement de notre société. Des écoles d’élites, une destruction des services publics, un système d’évaluation et de classement généralisé et institué le plus tôt possible, un fichage et une surveillance accrue que ce soit au sein de l’éducation ou du travail, avec une répression renforcée pour les anti-conformistes qui refuseraient de s’y plier, il y a de quoi être effrayé ! On arrive fortement à un modèle oscillant entre la société néo-libérale américaine et la dystopie orwelienne. À quand la révolte ?
Le Veilleur

[1] Source Mediapart. https://blogs.mediapart.fr/front-de...
[2] https://www.lemonde.fr/education/ar...
[3] Voir cet article du monde : https://www.lemonde.fr/…/jean-michel-blanquer-est-bien-en-t…
[4] Voir note 1.
[5] Source : circulaire de rentrée 2018
[6] https://www.snes.edu/Le-sens-des-fu...
[7] https://www.ladepeche.fr/article/20...
[8] http://www.revolutionpermanente.fr/...

Article publié par le collectif Le Gueuloir, à retrouver sur leur page FB et sur leur blog.

Texte du collectif Aggiornamento, collectif de profs d’Histoire-géo - parmi lesquel.les l’historienne Laurence de Cock - sur les programmes scolaires Blanquer au lycée.

Ingurgiter, trier, exclure. Des programmes intellectuellement indigents et socialement discriminants

(Ce texte a été rédigé à 50 mains. Il a ensuite circulé sur la liste de discussion du collectif Aggiornamento regroupant à ce jour 330 inscrits. )

Le collectif Aggiornamento histoire-géographie a pris connaissance des nouveaux programmes d’histoire, de géographie et d’éducation morale et civique (EMC) pour le lycée, dans la version désormais soumise à la consultation des enseignant.e.s.

Nous avions déjà relevé les angles morts de ces projets, et notamment l’absence totale, dans leur première version, de l’histoire de l’immigration et la présence indigente de l’histoire des femmes. Nous prenons acte de l’intégration in extremis de ces thèmes à la suite de la polémique médiatique qui a suivi notre alerte. Nous rappelons à ce propos le caractère indigne des allégations ministérielles qualifiant les textes provisoires rendus publics par le SNES de textes falsifiés et réaffirmons notre colère face à la procédure opaque et antidémocratique de rédaction des programmes[1] ; un autoritarisme et une verticalité jamais vus depuis que l’écriture des programmes a été décrétée comme une entreprise collective et ouverte aux demandes de la société, à savoir depuis plus d’un demi-siècle.

Sollicités une première fois par le CSP en mai dernier pour une analyse des programmes en cours et une discussion autour des changements à mener, nous avons présenté nos propositions, comme nous l’avions déjà fait pour le collège en 2015. Nous avons rappelé notre attachement à l’histoire économique et sociale, aux variations d’échelle du national au local en passant par l’histoire mondiale, et surtout notre souci d’adéquation entre la recherche et les programmes et au travail coopératif intercycle de la maternelle à l’université. En géographie, comme en histoire, le collectif Aggiornamento plaide pour des regards croisés, embrassant les sciences sociales dans leur diversité, pour un enseignement vraiment critique, et pour des réflexions conjointes sur les contenus et la pédagogie. Plus que tout, nous réitérons notre désir de donner consistance à une véritable liberté pédagogique qui ne peut s’exprimer que dans le cadre de programmes légers et non directifs. Toutes nos propositions sont détaillées sur notre site et dans nos deux volumes collectifs de La fabrique scolaire de l’histoire.

Il va de soi que la critique des programmes qui suit n’est qu’un maigre palliatif au regard de ce pour quoi nous militons, mais nous nous plions à l’exercice pour mieux affirmer la distance qui sépare ces propositions de ce que nous défendons, et surtout, pour démontrer à quel point ces programmes nous semblent indigents intellectuellement, et dangereux pour des disciplines dont les finalités intellectuelles et éducatives ne sont pourtant plus à prouver.

Nous rappelons pour finir notre totale opposition à une réforme du lycée et du baccalauréat : une réforme instaurant des inégalités territoriales criantes entre les lycées, une éducation à plusieurs vitesses au détriment des élèves les plus démunis, et un contrôle continu qui – pour ce que nous en savons – supprime toute liberté pédagogique au profit d’un constant pilotage par l’examen.

L’heure est grave pour le lycée et pour l’école en général. Ces programmes ne sont qu’un maillon d’une entreprise de démantèlement de ce qui restait d’école commune. Ils sont à la fois encyclopédiques et discriminants, destinés à servir d’antichambre à la sélection renforcée par la mise en place de Parcoursup l’année dernière. Pour toutes ces raisons, plus encore que pour leur contenu propre, nous devons les refuser et nous appelons les collègues qui le souhaitent à profiter de cette mascarade de consultation pour en faire de même.

NB : compte-tenu de l’urgence, de la période (risiblement courte) de consultation, et du fait que nous avons déjà fort à faire dans nos classes, ce document doit être considéré comme un document de travail destiné à être régulièrement complété ; notamment par l’analyse de l’EMC et de l’enseignement de spécialité.

I – À propos des ronflants préambules et des axes structurants des nouveaux programmes

Nous ne le dirons plus, mais des programmes véritablement inclusifs auraient pris soin, dès leurs premières lignes, de stipuler qu’au côté des “acteurs”, on trouve des “actrices” ; et qu’au côté des “hommes”, on trouve souvent “des femmes”. Cela n’est pas bien compliqué d’insérer la distinction systématiquement et cela témoignerait d’emblée d’une sensibilité non feinte à la présence de la moitié de l’humanité en histoire comme en géographie.

Nous ne sommes pas non plus dupes des signaux réactionnaires donnés à travers des formules comme “s’instruire de manière rigoureuse” (p. 3) ou encore “la transmission des connaissances par les professeurs et l’écoute active de la part des élèves” (p 4) ; des expressions censées flatter la fibre magistrale de professeurs perçus comme nostalgiques de leurs estrades de bois, une vision conforme aux critiques incessantes, voire aux insultes faites à la pédagogie. Nous y reviendrons dans notre texte. Enfin, cette démarche est à rapprocher du lourd rappel sur la prééminence de la chronologie (comme si cette dernière avait disparu) ainsi que sur la centralité de la France en histoire comme en géographie.

À force de viser par ailleurs le consensus mou du fameux “en même temps”, le tableau récapitulatif des compétences recèle des perles d’ésotérisme : que l’on nous explique en effet ce que le CSP entend par “identifier les contraintes et les ressources d’un évènement, d’un contexte historique” ?

Enfin, au-delà du lyrisme de l’expression “points de passage et d’ouverture” qui nous sont présentés sous un angle non directif (“on peut mettre en avant”), rappelons que, dans une perspective de contrôle continu et de banques de données de sujets communs, on voit mal comment ce “on peut” ne se transformera pas de fait en “on doit” ; signe supplémentaire d’une directivité qui ne dit pas son nom. Il s’agit donc d’une entourloupe, sachant que chacun des chapitres représentera de 3h à 5h de cours. Faute de temps, les “points de passage” seront probablement des boyaux d’étranglement, le cours se réduira ainsi à la portion congrue et à la juxtaposition d’études ponctuelles sans choix laissé aux enseignants.

II – Une propension à l’encyclopédisme qui ne peut donner lieu à de réelles mises en œuvre

A – Des programmes extrêmement lourds, qui rendent impossibles la consolidation des apprentissages et la construction du fameux “esprit critique” si souvent invoqué

Alors que le ministre ne cesse de s’appuyer sur les sciences cognitives quand il s’agit de la lecture et des mathématiques, et qu’il apparaît nettement que la répétition, la progressivité, et en un mot, le fait de prendre le temps, facilitent les apprentissages – quel scoop ! – c’est exactement le contraire qui est ici proposé, une marche forcée rendant à peu près inopérante toute tentative de construire et d’ancrer en profondeur connaissances et compétences.


La suite de l’article à lire ici :
https://aggiornamento.hypotheses.or...

Des articles sur le mouvement lycéen des dernières semaines à Saint-Étienne :
- Comme un ouragan, manif sauvage de lycéen’nes,
- #Revanche Lycéenne : semaine du 10 au 14 décembre,
- #Revanche Lycéenne : blocages et manif tendue ce matin dans les rues de Saint-Étienne.

À lire aussi, comment l’Éducation nationale a participé à la répression du mouvement lycéen, un exemple dans l’académie de Toulouse.
Et puis, l’histoire de Sophie Carrouge qui a fait grand bruit. Pour rappel, cette enseignante a été sanctionnée par le rectorat de Dijon suite à un article sur Macron publié sur le site de Dijoncter.info.


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Suite à l’appel de l’ensemble du milieu militant stéphanois, de OSE CGT et de Solidaires Étudiant-e-s Lyon, un rassemblement a eu lieu en solidarité à Anas.K et pour dénoncer les coupables de cette tragédie. La journée s’est terminée avec une charge de la Police, un gazage en règle et deux étudiants arrêtés, toujours en garde à vue.


Saint-Étienne et alentours   MOBILISATIONS - LUTTES / TRAVAIL - PRÉCARITÉ

Rassemblement contre le Revenu Universel d’Activité

Six ateliers sont organisés actuellement dans toute la FRANCE sur le revenu universel d’activité (RUA) comprenant la fusion de tous les minimas sociaux et l’harmonisation vers le bas. Il y aurait comme projet du gouvernement, entre autres, la contrepartie d’un « travail gratuit » contre versement de cette allocation. A cette occasion, le 15 novembre 2019, le Comité CGT des travailleurs et travailleuses privé-e-s d’emploi et précaires de SAINT-ÉTIENNE organise un débat sur le RUA à 13h00 salle Sacco et Vanzetti à la Bourse du travail, puis un rassemblement à 15h45 devant le Centre de Congrès.


Saint-Étienne et alentours   MOBILISATIONS - LUTTES

Paroles de Gilet : « Le cancer de notre monde, c’est le capitalisme »

Le mouvement des Gilets jaunes fête bientôt son premier anniversaire et il nous a semblé intéressant de relayer les paroles des premier.e.s concerné.e.s. Celles et ceux pour qui la fièvre jaune a été impossible à négocier ! Jean est stéphanois, il commence à s’intéresser au mouvement et tout s’enchaîne : les ronds-points, les manifs mais aussi la violence policière, les contrôles, la répression, l’arrestation, le procès et au bout de la chaîne... la prison. Interview réalisée en juin 2019 à sa sortie de Fresnes et publiée dans le journal L’Envolée.


Saint-Étienne et alentours   MOBILISATIONS - LUTTES

Les gilets jaunes ont un an : appel pour un acte 53 historique !

Un an, 52 semaines, 365 jours ! Le 16 novembre prochain, cela fera une année que ce mouvement inédit, sorti de (presque) nous aura fait sortir dans les rues tous les samedis. Depuis plusieurs semaines, ça tourne pas mal sur les réseaux sociaux. Les GJ veulent fêter ce premier anniversaires dignement. Des rendez-vous fleurissent aux quatre coins de France pour manifester, bloquer des centres commerciaux voire des villes entières, pour réoccuper les ronds-points. Saint-Étienne n’est pas en reste et des appels à manifester sont lancés pour ce 53e acte.


Saint-Étienne et alentours   DROITS SOCIAUX - SANTE / MOBILISATIONS - LUTTES

La psychiatrie des hôpitaux stéphanois rembraye pour un mois de grève

Les personnels de psychiatrie de Saint-Étienne poursuivent leur lutte et rembrayent pour un mois de grève, du 6 novembre au 6 décembre 2019.
« Bon eh bien voilà... Ça ne s’arrange pas : les fermetures de lits continuent, le manque de moyens humains reste criant et donc, les soins se précarisent toujours plus, les conditions de travail se dégradent, nos pratiques ne se pensent plus, la violence endurée par les patients comme par les soignants est niée ! »


Saint-Étienne et alentours Le Gueuloir   EXPLOITATION ANIMALE / MOBILISATIONS - LUTTES

Manifestation anti-corrida à Rodilhan

La manifestation débute par une déambulation dans cette ville qui semble désertée. Les « Basta Corrida » donnent le rythme. Au bout de quelques mètres, la marche est interrompue sur un pont à quelques pas de l’arène par une barrière anti-émeutes soutenue par un camion blindé. Les esprits s’échauffent, la colère monte. Les manifestant·e·s tapent sur les grilles pour se faire entendre, et essaient d’exercer une pression sur celles-ci. La gendarmerie bien abritée derrière leurs camions n’attend pas et commence à gazer la foule moins de 10 min plus tard. La résistance ne se fit pas attendre et des manifestant·e·s affrontent les forces de l’ordre en renvoyant les palets lacrymogènes ou en jetant des pierres.


A la une...

ECOLOGIE - NUCLEAIRE
Soutien aux décrocheurs de portraits  

Faisons le procès des responsables de l’écocide qui menace l’humanité, mardi 17 décembre à l’occasion du procès de Vincent BONY.


MOBILISATIONS - LUTTES
Retour sur les manifestations et actions du 5, 6 et 7 décembre  

Ces derniers jours de mobilisation contre la réforme des retraites ont été riches en événements. Gilets jaunes, syndicalistes (ou pas), précaires, étudiant.es, lycéen.ne.s... De nombreux stéphanois.es ont pris la rue ces trois derniers jours. Retour en images.


MOBILISATIONS - LUTTES
Contre la réforme des retraites : nouvelle manifestation ce mardi 10 décembre  

Contre le projet de retraite par points, pour un système de retraite et un monde solidaire, nouvelle manifestation ce mardi 10 décembre 2019.
RDV 10h30 devant la gare de Châteaucreux à Saint-Étienne et à 10h30 Pont du Coteau à Roanne.


REPRESSION - PRISON
Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1986, Malik Oussékine assassiné par deux voltigeurs de la police  

Dans la nuit du 6 au 7 décembre 1986 à Paris, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien où il s’était refugié, par deux policiers « voltigeurs » motocyclistes. Un anniveraire d’autant plus sinistre que les redoutables « voltigeurs », après avoir été interdits à la suite de leur forfait contre Malik Oussekine, ont été officiellement réintroduits en mars 2019. Et ont bien vite renoué avec les pratiques d’alors (lire ici).


MOBILISATIONS - LUTTES
Suivi du mouvement contre la réforme des retraites  

Blocages, piquets de grève, Assemblées générales, actions, manifestations, etc. La journée du 5 décembre qui a réuni plus de 22000 personnes dans les rues de Saint-Étienne va, semble-t-il, marquer le début d’une période riche en événements. Tentative de centralisation de toutes les informations liées au mouvement contre la réforme des retraites à Saint-Étienne.


MEDIAS
5/12 : Le Gueuloir n°5 est sorti !  

Ça y est, nous y sommes, c’est le 5 décembre… La grève générale, c’est aujourd’hui, et avec un peu de chance et beaucoup de motivation, ce sera aussi demain, et après-demain… Et tous les jours qui suivront. Comme l’année dernière, décembre sera bouillant ! Avec sans doute quelque chose qui aura un air de révolution...


TRAVAIL - PRÉCARITÉ
C’est quand qu’on arrête ?  

La bloggueuse de bande dessinée féministe (mais pas que) Emma a proposé une synthèse, sous forme de BD, des dossiers militants qui existent sur la retraite pour expliquer le nouveau projet de retraite inventé par Macron et Delevoye.


MOBILISATIONS - LUTTES
1947 : la « révolution » à Saint-Étienne  

À la fin de l’année 1947, les grèves se multiplient, à Saint-Étienne comme ailleurs, préfigurant la grande grève des mineurs de 1948. Elles culminent avec le rassemblement du 29 novembre, aux abords de la Préfecture.


REPRESSION - PRISON
[Grenoble] Retour sur l’opération de fichage et perquisition menée le 26 novembre  

Mardi 26 novembre, à partir de six heures du matin, six lieux alternatifs de Grenoble et ses alentours se sont fait perquisitionner. ZAD, squat ou colocation, personne n’a été épargné.
Le prétexte officiel est d’enquêter sur les incendies qui se produisent dans le département depuis deux ans. Une fois de plus, ce sont les milieux autonomes, libertaires, féministes ou écologistes qui sont visés.


FLICAGE - SURVEILLANCE
Mutiler oui, mais local !  

Le maintien de l’ordre, en plus d’être un outil de contrôle et de répression, c’est aussi un business, et dans la Loire les usines qui se battent pour répondre aux appels à mutiler de la police nationale ne manquent pas. Petit retour sur un contrat local et bien juteux.


MOBILISATIONS - LUTTES
Et tout le monde attend le 5 décembre !  

Les appels à la grève reconductible se multiplient dans tous les secteurs d’activités, du public au privé, des chômeur.e.s aux retraités en passant par les lycéen.ne.s et étudiant.e.s... Parce qu’il est nécessaire que cette première date soit massive et déterminée, nous relayons ici un florilège d’appels locaux et nationaux ainsi que des textes de fond publiés sur d’autres sites. Rendez-vous le 5 décembre, à 10h30 devant la Bourse du travail à Saint-Étienne.


MOBILISATIONS - LUTTES
Soutenons Anas et sa famille  

Notre camarade et ami Anas a, avec son acte dramatique, le vendredi 8 novembre 2019, provoqué un véritable électrochoc tant dans la communauté étudiante en situation de précarité que dans la société entière.
Dans son message, il nous demande, à nous ses ami.e.s et camarades, de continuer la lutte.


LOGEMENT - SQUAT
Retour sur la manifestation pour défendre le droit au logement  

À l’occasion du 30e anniversaire de la « Convention des droits de l’enfant » que de nombreux·ses stéphanois·es se sont réuni·e·s à l’appel des associations, afin de réclamer la mise à l’abri des familles et des 25 enfants encore à la rue, alors qu’un rude hiver à déjà commencé.
Plus de 500 personnes ont défilé de la Place du Peuple à la Préfecture en marquant un temps d’arrêt sur les marches de l’Hôtel de Ville où l’on pouvait entendre des slogans tel que « État assassin ! Mairie complice ! ».


LOGEMENT - SQUAT
La mairie de St Etienne dit qu’elle brûle pour éviter d’aider des enfants !  

Dans le parc du Musée de la Mine à Saint-Étienne vivent depuis plusieurs mois 7 familles d’origine roumaine, dont environ 25 enfants. Pour réclamer de l’aide aux pouvoirs publics qui demeurent sourds malgré les températures négatives, elles ont occupé le hall de la Mairie aujourd’hui. La réponse a été tonitruante.


LOGEMENT - SQUAT
Communiqué du collectif des occupants de la Bourse  

Au printemps dernier, des centaines de personnes et familles se sont retrouvées sans solution d’hébergement et ont été expulsées successivement de différents lieux dans la métropole stéphanoise. Le collectif des occupants de la Bourse s’est alors constitué pour les soutenir. Rédigé près de huit mois plus tard, un communiqué fait le point sur la situation et les revendications.